CHASSER LES RADICAUX(1): Le rapport au réel

Vue l’actualité morbide et que “le conflit des ignorances” est sans aucun doute encore devant nous pour un bon bout de temps, j’ai décidé de lancer un chapitre sur “le phénomène de “la radicalisation” des esprits. Que ce soit dans un sens religieux ou politique, nous allons parcourir de manière pragmatique, la psychologie qui sous-tend ce processus et prend en otage, malgré elle, une religion et ses adeptes comme celle de l’Islam.

Comprendre le phénomène, savoir en débattre et agir!
Que vous soyez croyant ou non, religieux ou athée, citoyen du monde ou patriote, accaparez-vous les outils de la programmation neuro linguistique au service du déconditionnement mental et de la rhétorique anti-propagande!

Notre rapport au réel

Pour communiquer un message provenant de ses processus internes (ce qui se passe dans son mental) à ses semblables, l’homme utilise le langage verbal/non verbal ou écrit. Le message comportera une multitude de symboles et d’images forcément imprécis dans lesquels l’homme tentera d’exprimer sa pensée, de la vulgariser afin d’être compris par son interlocuteur.

Jung nous définit le symbole de la manière suivante : « (…)un nom ou une image qui, même lorsqu’ils nous sont familiers dans la vie quotidienne, possèdent néanmoins des implications, qui s’ajoutent à leur signification conventionnelle et évidente. (….) Donc, un mot ou une image sont symboliques lorsqu’ils impliquent quelque chose de plus que leur sens évident et immédiat. Ce mot, ou cette image, ont un aspect « inconscient » plus vaste, qui n’est jamais défini avec précision, ni pleinement expliqué. Personne d’ailleurs, ne peut espérer le faire.[1] »

L’utilisation des symboles dans la communication permet de se représenter des idées, des concepts issus de notre mental que nous ne pouvons ni définir entièrement ni enfermer dans un mot avec toutes les subtilités de la pensée. D’ailleurs, Jung a tout à fait raison lorsqu’il cite les religions comme exemple dans leur utilisation récurrente des métaphores et messages symboliques, car les religions se référant, selon elles, aux divinités, elles sont donc censées transmettre un message, une science transcendant l’entendement humain.

Comme le représente le schéma ci-dessous (schéma de la communication), l’homme utilise toute une série de filtres inconscients entre les informations captées par ses canaux sensoriels (visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, gustatif) et ce qui fait office de « réalité ». Nous pouvons dès lors présupposer que la qualité de la perception dépendra en premier de la qualité et du fonctionnement des 5 sens. Ex : une personne atteinte de cécité fera sans doute appel à une donnée plus importante au niveau auditif ou kinesthésique pour traiter la réalité. Et en même temps, tout dépendra aussi du canal sensoriel dominant de la personne, c’est-à-dire le canal préférentiel en général ou selon la situation.
Ex : dans le cadre d’un apprentissage, un élève doté un canal visuel dominant aura tendance à assimiler sa leçon plus aisément en faisant des illustrations et des schémas.

carte mental guen

©https://www.chasser-le-monstre.com

Les filtres vont limiter notre perception de la réalité. La réalité passe par : un filtre neurologique (prenant en compte la qualité et les limites de nos 5 sens, notre système neurophysiologique,….)à un filtre socioculturel (culture, langue, éducation, croyance et présupposé religieux, famille,…)à un filtre individuel (nos propres expériences personnelles avec leur lot de de « leçons de vie », ainsi que les croyances et présupposés qui en sont issues)

Il en résultera un certain modèle de la réalité, une représentation issue de ces différents filtres, en d’autres mots : une carte du monde personnelle, chaque individu possédant sa propre carte du monde. D’où la fameuse citation en PNL « La carte ne représente pas le territoire ». Ce modèle du monde est traité par nos processus internes, c’est-à-dire nos réflexions et nos croyances. Vous avez certainement tous entendu cette petite voix à l’intérieur de vous qui vous dit ce qui est bien ou mal, qui parfois vous rassure sur vos compétences et gonfle votre égo ou au contraire, vous diminue et vous rappelle vos croyances et présupposés négatifs. Cette sainte et/ou maudite voix, selon les circonstances, fait partie de vos processus internes.

Ainsi, chaque individu peut avoir une représentation non seulement commune d’une partie de la réalité (selon le groupe de croyance auquel il appartient), mais aussi singulière et propre à son psyché[2].

  • D’accord, donc tu veux signifier par-là que ce que l’on voit ou entend n’est pas la réalité mais ce que nous nous en faisons inconsciemment selon nos 5 sens, nos croyances personnelles, familiales, religieuses, culturelles, nos expériences personnelles, etc. Bref, on ne capte toujours qu’une partie de la « réalité ». Et c’est donc sur cette base là que l’on va communiquer…

Lorsque nous communiquons avec autrui, le fond de notre pensée ne peut être exprimé entièrement comme nous l’avons notifié plus haut. Ainsi, une partie synthétique, sera condensée dans un code (langage humain) avant de passer par un canal de transmission qui nous permettra d’être entendu et compris suffisamment pour communiquer. Raison pour laquelle, lorsque nous parlons, nous utilisons une structure de phrase souvent incomplète.

Exemple :

Une personne vous dit en sortant d’un commerce « les prix ne sont pas chers ! ». Sauriez-vous vous représenter ce qu’il entend précisément par « cher » ? Ce qu’il entend par « prix » ? Et de quel produit spécifique parle-t-il en fait ?

Et pourtant, la plupart du temps, nous ne posons pas ce type de questions à notre interlocuteur. Non pas parce que ce qu’il nous dit ne nous intéresse pas à ce moment-là– enfin, pas dans tous les cas- mais parce que notre cerveau comble les trous, les informations manquantes comme il le peut en projetant nos propres représentations selon le contexte.

Et c’est ce qui fait que nous pouvons parfois avoir de longues discussions avec des personnes, sans qu’aucun moment, nous nous soyons réellement écoutés et compris.

Maintenant, imaginez une pomme…
A première vue, il s’agirait d’un simple fruit. Ceci est la représentation commune et partagée par tous. Maintenant, répondez à ces questions :

  1. De quelle couleur est cette pomme ?
  2. Est-elle acide ou non ?
  3. A quoi vous fait-elle penser ?
  4. Quel sens lui donneriez–vous à cet instant précis ?

Les réponses diffèreront selon vos représentations singulières.

Réponse de Monsieur A :

  1. Rouge
  2. Oui
  3. Pomme d’Adam
  4. La mort (Monsieur a failli s’étouffer avec le morceau d’une pomme lorsqu’il était enfant. Il a revu cette image en songeant à la pomme)

Réponse de Monsieur B :

  1. Verte
  2. Non, ou alors très peu.
  3. Salade de fruit
  4. Le péché (Monsieur B a pensé à l’histoire d’Adam et Eve, qu’il a récemment lue à son enfant).
  • D’accord, je comprends où tu veux en venir. Mais, si nous devions à chaque fois être le plus précis possible dans chacune de nos phrases, nous ferions systématiquement des monologues de plus d’une heure. Ce serait non seulement extrêmement épuisant mais surtout invivable pour tout le monde.

Il ne s’agit pas de critiquer notre manière d’exprimer nos représentations internes– L’être humain fait comme il peut avec les outils à sa disposition et dans le contexte dans lequel il se trouve – mais, de démontrer d’une part, qu’il est erroné d’affirmer que sa représentation du monde est la seule qui soit « réelle», étant donné que la réalité, elle-même n’est pas perceptible dans son entièreté, que nous avons tous une manière de la modéliser selon les différents filtres que nous avons énoncés. D’autre part, il existera toujours une faille dans notre communication, notre langage ne nous permet pas de transmettre notre pensée de manière complète mais juste une parcelle qui sera filtrée par les propres pensée de notre interlocuteur. Donc, oui on peut se comprendre dans une conversation, mais jamais entièrement.

A cela s’ajoute le fait qu’une partie de notre pensée échappe à notre conscience. Combien de fois ne vous êtes-vous pas rendu compte que suite à un stimulus externe, une série d’images, de sons, de ressentis se sont activés sous forme subliminale dans votre inconscient. Et c’est suite à une thérapie ou simplement à une réflexion poussée que vous vous en êtes rendu compte. Vous êtes-vous, par exemple, déjà demandé en vous-même la raison d’un comportement particulier ? « Pourquoi ai-je dit ça ? Pourquoi ai-je ressenti cette tristesse ? Pourquoi me suis-je mis en colère ? »

Et c’est là que nous revient cette voix, cette image, cette sensation qui (re)fait surface suite à une parole, une observation,… Et qui nous induit à une action directe (ex : frapper sur la table), à une émotion (ex : déprime), etc.

Peut-être vous est-il déjà arrivé d’intervenir dans une discussion pour exprimer une idée, et vous rendre compte au fil des feedback et des questions de vos interlocuteurs, qu’en réalité votre pensée n’était pas très cohérente, décousue et qu’au fond, elle aurait mérité le temps de la réflexion. « Qu’est-ce qui fait que je pense ça ? D’où me vient cette croyance que je prends pour véridique ? L’ai-je déjà testé en réalité ? »

Voici un exemple des processus mentaux et des connexions qui peuvent s’effectuer à la simple vue « d’un verre de lait posé sur une table ». L’être humain ne pouvant être focalisé sur plus d’une chose à la fois, la plupart des représentations (visuelles, auditives, kinesthésiques, …) seront activées de manière inconsciente.

connexion stratégie 1

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J’aperçois un verre de lait posé sur la table. Cela me rappelle le souvenir d’une vache que j’avais observé lors d’une visite d’une ferme quand j’étais plus jeune. Tout à coup, mon mental se branche sur une émission de télévision diffusée le weekend dernier où l’on parlait du sort des animaux; et par la suite, une vidéo de YouTube sur les abattoirs des animaux qu’un ami m’avait partagé récemment.
« Tiens, faudrait que je la (la vidéo) partage sur Facebook ce soir! »

D’une observation anodine, on peut s’imaginer en train de partager une vidéo de Youtube sur le réseau social (Facebook,Linkedin,…) sur un sujet n’ayant pas forcément de lien direct et/ou avoir un comportement négatif (regard sévère) envers une personne qui ne nous a rien fait (à priori). (Voir schéma ci-dessus)

  • Pour revenir à la communication avec une autre personne. Tu dis que l’on peut se comprendre mais jamais entièrement. Pourtant, moi j’ai un ami avec qui je m’entends super bien ! Parfois, j’ai l’impression qu’on communique par télépathie, tellement nous sommes sur la même longueur d’onde… !

Nous pouvons très bien nous entendre sur une base commune, et encore heureux. Mais j’insiste sur le fait que je parle de la pensée entière, de toutes les connexions neuronales qui font que lorsque je parle d’une chose, mon cerveau peut me renvoyer à une quantité inépuisable d’informations en parallèle.

  • Maintenant, je comprends pourquoi dans la religion, on utilise très souvent des slogans ! C’est pour que les croyants puissent se rassembler sur base de choses qui les touchent et ceci sans faire de longues phrases inutiles.

S’il est tout à fait normal– et je dirai même logique– que des religions utilisent des symboles pour tenter de communiquer une parole décrite comme « transcendant le genre humain », les slogans, eux, sont là pour galvaniser leur ouailles en stimulant leurs valeurs profondes à des fins volontairement occultées. Et bien entendu, ce n’est pas exclusivement un outil religieux, mais tout parti politique s’en sert très bien à des fins de propagandes. Alors lorsque la religion se met à la politique, ça peut donner des slogans comme ceux-ci : « L’Islam est la solution »

  • Ben, tu m’excuseras, mais je suis musulman. Si je disais le contraire, ça signifierait que je crois en une religion qui ne serait pas une « solution » pour moi et pour les autres… Ce ne serait pas très congruent, tu ne trouves pas ?

Tu es de quelle obédience ? Sunnite, chiite, soufi, … ?

  • Sunnite.

Ah, et si je te dis que la personne qui a utilisé ce slogan pensait au dogme chiite imamite[3].

  • Ah non ! Je ne suis pas d’accord, pour moi l’Islam c’est (…) !

Et pourtant, à peine as-tu entendu le slogan que tu as projeté ta propre carte du monde, c’est-à-dire ta représentation de la réalité, de ta vision de l’Islam. Tu étais sur le point de défendre une croyance qui n’était pas tienne, et non pas sur base de la citation attribuée faussement à Voltaire[4], mais pour défendre TA vision de l’Islam.
Vois-tu comment tu es tombé dans le piège des slogans ?

Et ce n’est pas tout. Autant ce slogan –qui en réalité est celui des Frères Musulmans– occulte la représentation de l’Islam à ses adhérents, autant elle ne veut rien dire concrètement. Car la représentation précise de l’Islam étant tellement différente selon les individus qui composent la communauté musulmane, que les manipulateurs, sachant qu’ils ne convaincraient que peu de personnes s’ils donnaient l’entièreté de leur programme de manière concrète– ce qui permettrait à ceux qui sont visés par ce discours, de visualiser et ressentir ce qu’il adviendrait concrètement de leur vie et de la société contemporaine si leur islam dominait– n’utilisent que des slogans vides et des concepts abstraits renvoyant non pas à une structure concrète qui permettrait de l’identifier mais à un passé mystifié et sacralisé que ni eux, ni leur ouailles n’ont jamais connu de leur vivant.

  • Mais alors, c’est pareil lorsqu’on dit « l’Islam c’est la paix » ? « L’Islam c’est pas ceci ou l’Islam c’est ça  » ?

Encore une fois, tout dépend de la représentation de l’intervenant. Parler de l’Islam sans préciser de quoi nous parlons spécifiquement, c’est comme parler de n’importe quel concept abstrait sans équivalence concrète. Il n’y aura pas assez de substance pour traiter l’information. D’ailleurs, vous avez souvent des jeunes musulmans ne connaissant guère leur religion qui répèteront sans cesse « L’Islam c’est la paix »  avec conviction.
Certains le font pour la simple raison que lorsqu’ils disent ou entendent le mot « Islam », tout ce qu’ils visualisent c’est leur famille, leurs traditions et cultures  et celles de leurs parents. Toucher à l’Islam, ce serait équivalent à s’en prendre à ce qui leur est le plus « cher » : leur famille et leur identité[5]. Ces deux valeurs sont en général connectées à des critères de fierté (dans une perspective se voulant « virile ») et d’honneur qui induiront une réponse violente envers ceux qui les bafoueront. C’est une des raisons pour lesquelles, il est difficile de vouloir émettre une critique sur l’Islam devant ce type de personnes sans se ramasser un vilain coup et/ou des insultes et des menaces.

Tout ce que nous avons abordé concernant notre rapport à la réalité, vous devez l’avoir à l’esprit lorsque vous êtes confrontés à des personnes susceptibles de se radicaliser dans une vision de la réalité spécifique à un parti politique, religieux, etc. Il s’agit d’une base indispensable ! C’est ce qui vous permettra par la suite, avec les outils que nous allons voir, d’entrer en contact avec une victime potentielle ou un gourou en mettant le doigt sur son « inconnu ». C’est-à-dire, la faille de ses représentations, de son modèle de réalité –pris pour dogme, intouchables – alors qu’elles ne sont qu’une « représentation » sur base de filtres humains qu’il faudra démystifier à mesure de l’entretien et selon le cadre de l’intervention.

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[1] C.G. Jung  » L’homme et ses symboles « , Robert Laffont, 1964 p 20/21.

[2] Ensemble de ses manifestations conscientes et inconscientes propre à sa personnalité et son intellect.

[3] L’exemple donné a été choisi de manière aléatoire.

[4] Citation apocryphe attribuée à Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». 

[5] Voir prochain chapitre sur les leviers psychologiques.

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