CLR(3): apprendre à lire le « sacré » sans tomber dans le fanatisme

Comprendre la psychologie derrière le littéralisme; déconstruire sa lecture mécanique , et faciliter une spiritualité apaisée!

Rappel de l’article précédent : En accord avec la conception de Dieu et de ses prophètes selon les trois religions monothéistes, nous partons du présupposé que : Dieu communique avec l’homme à un moment précis dans le temps. Pour qu’une entité transcendant l’être humain puisse interagir avec le cerveau limité d’un homme, un pont entre le monde du Divin et celui des humains sera nécessaire.

Concernant ce « pont » céleste – d’autres parleront de porte (stargate) entre le monde du divin et celui des hommes– il peut être représenté, symboliquement ou non, par un support surnaturel (ex :buisson ardent de Moïse)ou un intermédiaire (ex : Archange Gabriel). Ce support transportera un objet-message du monde divin au monde des humains. Le monde divin n’étant pas représentable matériellement, et sa conception théorique étant limitée à nos propres limites de représentations (ce qui est « pensable ») nous nous focaliserons sur l’entité et/ou l’objet le traversant. En l’occurrence, ici, il s’agirait d’un Message destiné aux hommes.

A quoi ressemblerait donc ce fameux Message ?

Le(s) Livre(s) de Dieu

L’écriture demande un support matériel permettant l’inscription du message à l’aide d’une encre quelconque (ou tout autre objet similaire). Feuillet par feuillet, le message sera rassemblé dans un livre. Selon l’époque, l’environnement, et surtout le besoin (de l’homme, du groupe, de l’institution, du pouvoir,…) la compilation de ce livre prendra le temps nécessaire. Il est difficile d’imaginer un prophète rédiger lui-même un livre entier pour les raisons (non exhaustives) suivantes. :

  • Le temps et l’énergie qu’il devra consacrer tant à la retranscription du message qui dès lors ne serait plus « instantanée », vivante, en direct de la situation et du contexte encore « chaud », mais « posée » et séparée de la situation et du contexte, [qu’à la récupération du matériel adéquat nécessaire (manuscrit, ponce, et tout autre outil d’écriture n’avaient pas le même coût financier qu’à notre époque)]
  • Le risque d’être considéré comme une œuvre essentiellement humaine. Le témoignage de personnes ayant vu un prophète rédiger un texte ajouterait une dimension temporelle pouvant réduire de facto le caractère « divin » du Message dans l’inconscient des gens. Ajoutant à cela que le moindre palimpseste serait considéré comme une modification et une erreur du Message initial.

Avant l’écriture du Message, la compilation du livre, il y aura la Parole.

La Parole de Dieu

La parole, c’est-à-dire le canal de transmission par lequel un prophète, étant le « verbe de Dieu » par définition –si nous voulons être précis nous dirons plutôt « le verbe de Dieu adapté aux hommes »[1]– communique le Message initial transformé, matérialisé en un objet-Message que l’homme pourra « penser », concevoir et utiliser. Par réduction, pour simplifier les étapes, on dira la Parole de Dieu.

En premier lieu, il est important de savoir que le rapport au texte a sa singularité chez les Musulmans. Si dans les autres religions monothéistes, l’inspiration divine ne s’oppose pas à sa retranscription en mêlant pensée des hommes et directives divines, le Coran, lui, est la parole directe de Dieu. Il n’y aurait pas de rupture ou de transformation entre Dieu et Sa Parole, même si elle a été prononcée par un être humain (prophète) ou un ange (support intermédiaire)

Une expérience sociale a été réalisée par deux youtubeurs néerlandais en 2015. Elle a consisté à faire lire des passages violents de la Bible à des passants dans la rue, en leur dissimulant le fait qu’il ne s’agissait pas de versets coraniques comme le présupposaient les cobayes. Si cette expérience est intéressante pour recadrer les préjugés liés aux textes des trois religions, elle n’en reste pas moins biaisée par le rapport différent qu’entretiennent les croyants avec leurs textes religieux.

experience sociale bible

Certes, durant l’époque des Mu3tazilites (VIIIème siècle), les Musulmans devaient partir du postulat que le Coran était une matière « créée » à un temps t, faisant appel ainsi à une lecture rationnelle de cette dite Parole. Le calife Al Ma’mun étant foncièrement de leur côté, une inquisition anti-littéraliste se déploya dans les villes musulmanes. Un siècle plus tard, le calife Al Mutawakul, lui, choisit le courant plus traditionnaliste, et ainsi les mu3tazilites perdirent la bataille contre leurs principaux opposants, définissant le Coran comme substance « incréée ». Pour simplifier, cela signifierait qu’il n’y aurait ni séparation, ni distinction entre Dieu et Sa Parole.

Ainsi, Dieu et le Coran ne feraient qu’un. La Parole de Dieu, étant Dieu lui-même, toute critique ou observation rationnelle du Texte sera ainsi vouée au pugilat. On ne pense pas Dieu, on le ressent et on obéit à tout ce qu’Il nous dit.

Pourtant, plus spécifiquement, on dira que l’on obéit à ce que nous avons compris de ce que Message est censé nous avoir explicité selon ce que nos filtres cognitifs nous auront permis de réceptionner. Cette nuance étant de taille, elle complexifie le rapport du Croyant avec le Texte (Coran). Elle sera donc occultée par un concept récurrent que l’on peut nommer « la simplification de la complexité ». Ce concept, que je développerai dans un prochain article, est fait d’une distorsion de niveau logique entre les comportements d’un individu et sa vision/transcendance (connexion directe avec Dieu Lui-même).

L’itinéraire spirituel dans les niveaux logiques

Concrètement, lorsque l’on réceptionne un message, on commence par l’écouter. Pour cela, on va se focaliser sur ce que l’on entend, on posera des questions pour être bien certain de comprendre. Et si on prend la chose très au sérieux, on portera même une attention particulière à l’environnement dans lequel on se trouve, pour ne pas être parasité durant la communication.
Action concrete

Une fois réceptionné, le message passera par toute une série de processus mentaux. Comment je « pense » le message, à quoi il me renvoie, ce que je me dis en l’écoutant, etc.

Quelles sont mes croyances profondes en lien avec ce message ? Ex : je crois être maître de mon destin. Le message que je reçois me dit qu’un Dieu contrôle ma destinée. Ma croyance de départ m’oppose au message.

Comment mes valeurs vont-elles interagir avec le message ? Ex : j’ai une valeur de justice très importante. Le message demande d’être juste et en parfaite équité avec mes semblables. De par ma valeur de justice, je me sens en total accord avec ce message. Le fait de l’écouter et de le soutenir me procurera un sentiment de bien-être.

Tout ce qui constitue mon identité personnelle et qui me rend unique. Qu’est-ce que le message me dit de mon identité, et inversement ?

En quoi le message me renvoie-t-il à quelque chose de plus grand que moi, qui me transcende ? Ce niveau-là conduit à une transe où la personne se sent connectée à plus vaste qu’elle (la nature, l’univers, le cosmos, Dieu, etc.)

Schématiquement, cela se constitue ainsi :

Cette grille de lecture permet de conscientiser chaque point (A, B,C,…), puis de les analyser avec les outils intellectuels à disposition, d’en tirer des savoirs et des théories qui permettront de rendre le message intelligible et rationnel (sans en retirer l’aspect métaphysique, ésotérique qui en découlerait).

Par contre la lecture dite littéraliste passera directement du pt A au pt F, ou en tout cas, elle ne portera guère attention aux autres niveaux, comme s’ils n’existaient pas. C’est une méthode que l’on retrouve dans le concept de la simplification de la complexité.

Distinction fine entre Dieu, Sa Parole et le Texte révélé

En dehors du concept de la simplification de la complexité, nous pourrions aussi illustrer les deux grandes perceptions cognitives du texte de deux manières :

Une séparation entre Dieu, la Parole (émanant de Dieu) et le texte (retranscription humaine de la parole). Cette approche reste encore très marginalisée, et dans certains pays musulmans, peut conduire à des sanctions pénales très sévères. La logique en arrière-plan est qu’en distinguant la Parole de l’essence même de Dieu –dans une approche anthropomorphique, on dira que la parole d’un homme est issue d’un comportement et d’un processus mental mais qu’elle ne définit pas son identité– on permet l’analyse et la critique du texte sans pour autant renier sa portée et son importance pour les Musulmans.

Elle est d’autant plus sereine pour un croyant, car  si le texte devait ˝tomber˝ (que son caractère divin soit remis en question), il resterait la Parole. Si la Parole devait tomber, il resterait… Dieu [2] .

Une rationalisation excessive du texte peut lui retirer son aspect spirituel dans certains cas. A force de ne pas être connecté, associé à Dieu, le croyant peut ne plus se sentir imprégné de ce qu’on appelle « la foi », ou du moins se sentir plus éloigné de ce que peut procurer la transe, l’euphorie qu’une telle connexion peut créer. Cette crainte des religieux, qui n’est pas infondée, les pousse à mettre en garde leurs ouailles contre une lecture antireligieuse des textes scripturaires, et ils pourraient aller jusqu’à parler de blasphème et de satanisme.

La deuxième approche est la plus partagée dans le monde musulman :

Ainsi, dans la culture musulmane, en tout cas celle qui domine la sphère musulmane dans le monde, ce qui importe le plus n’est pas la compréhension et le sens du texte, mais les propriétés divines du texte. Le Coran est récité et écouté de manière quotidienne, sans que cela fasse de tout musulman un théologien ou un arabophone (loin de là). On le lit surtout pour ressentir la présence de Dieu, Allah. Cette lecture permet d’entrer en transe, de ressentir l’euphorie d’une connexion au divin. Cette sensation peut se traduire également, et le plus souvent, par des larmes sans que la personne ne puisse les expliquer.

En 2011, un prédicateur saoudien (très controversé) avait tenté de démontrer le caractère incréé du Coran en faisant un test à un jeune fraichement converti à l’Islam au salon du Bourget (France). Il lui psalmodia un verset (sourate) coranique et un petit chant destiné aux enfants, les deux en langue arabe. Ensuite, il lui demanda laquelle des deux récitations le touchait, ce qui faisait connexion avec son cœur. Malheureusement pour l’animateur de ce triste spectacle, le jeune converti non arabophone, pris de court, choisit le chant pour enfants. Pour ne pas avoir été touché par Dieu– je rappelle : pas de séparation entre Dieu et le Coran– un littéraliste pourrait se demander si ce jeune converti n’aurait pas un problème dans sa foi…. (voir la vidéo)

Dans cette même configuration, Dieu/Coran étant au-dessus de la raison, la réalité devra passer par le prisme du Texte coranique avant d’être accepté.

Imaginons que dans un livre religieux ayant la même portée que le Coran, il serait indiqué que les ablutions permettent de traverser les murs. Après s’être fracassé le crâne à plusieurs reprises contre la réalité, le jeune croyant adoptant une lecture littéraliste rationnalisera ce qui se passe par des justifications confortant son mode de pensée. Exemple : s’il ne traverse pas les murs, c’est parce que sa foi n’est pas assez pure comme devait l’être celles des premiers « vrais » croyants. Ou peut-être que c’est l’eau des ablutions qui, à force d’être traité par les usines et la pollution, a perdu ses propriétés d’antan.

Ce refus de séparer le Coran de Dieu, amènera son lot de contradictions et d’énigmes dont les philosophes arabo-musulmans (falsafa) feront remarquer les limites au risque d’être condamnés à l’apostasie. Si l’approche rationnelle du Texte, celle qui consiste au découpage des différents paramètres de lectures (voire les illustrations plus haut) peut être défavorable ou du moins limiter le ressenti (kinesthésique), la sensation de la foi, la connexion directe avec Dieu, elle sera bien moins blasphématoire (dans une logique religieuse) que la lecture littéraliste.

La lecture littéraliste blasphématoire ? Comment cela serait-il possible ?

La langue du Coran est un code purement humain. Elle s’est construite à l’aune du temps et des interactions des hommes. Certes, si la conception anthropomorphiste était une des particularités de certains théologiens du passé, elle diminue le caractère Tout Puissant d’un Dieu en lui donnant des caractéristiques humaines, telle qu’une langue temporelle, c’est-à-dire sujette à transformation (étude diachronique) et soumise aux lois de la linguistique. Selon la lecture littéraliste, Dieu et Coran étant de même essence, ils sont donc tous les deux soumis aux codes des systèmes du langage (règles de grammaires, etc.)→Contradiction 1.

Certains littéralistes répondront que le Coran est la matérialisation d’un Coran divin que l’on nomme la Mère des Livres (Oum al kitab), la langue n’étant pas forcément l’arabe. Dans ce cas-là, cela sous-entendrait que le Coran terrestre serait une transformation d’un texte plus ancien. Cette distinction lui retire la propriété d’essence divine indissociable de Dieu, étant donné qu’elle aurait été différente (par la forme) du texte originel (Oum al kitab)→Contradiction 2.

Comme nous l’avions vu dans un précédent article , l’être humain ne peut exprimer l’entièreté de sa pensée dans une langue. Quelle que soit la richesse de celle-ci, elle sera toujours limitée devant l’ampleur de la psyché.

Maintenant, dites-moi : si la langue utilisée par un homme ne peut exprimer l’entièreté de son message, que dire de celle d’un Dieu ?

Les interprétations littéralistes rejettent l’usage de métaphores et de symboles comme grilles de lectures du Coran, alors que celles-ci permettent justement pour un être humain de « se représenter des idées, des concepts issus d’une dimension que nous ne pouvons ni définir entièrement ni enfermer dans un mot avec toutes les subtilités de la pensée(…). Les religions se référant, selon elles, aux divinités, elles sont donc censées transmettre un message, une science transcendant l’entendement humain. Selon la lecture littéraliste, la structure sémantique est capable d’enfermer l’entièreté de la Parole de Dieu sans que nous devions user d’autres outils plus vastes (métaphores, ésotérisme,…) →Blasphème ?

L’idée de cet article n’est pas de critiquer une certaine lecture pour en favoriser une autre, mais de démontrer à quel point le fait de la limiter à une seule est dangereux et contradictoire par rapport au statut divin que lui octroient les croyants.

Car autant la première (lecture rationnelle) peut limiter sa portée spirituelle dans certaines situations, autant la seconde (lecture littéraliste) peut la rendre totalement opposée à notre réalité commune (souvenez-vous l’exemple du mur), et donc elle sera systématiquement en conflit avec l’autre (la société) et l’évolution intellectuelle et scientifique contemporaine. D’autant plus que comme tout ouvrage religieux du Moyen Age, la violence y est inhérente et dans certains cas incitatrice au combat et au meurtre.

Les méta-programmes dans la lecture religieuse

Tout être humain a des méta-programmes (filtres inconscients qui nous conditionnent à adopter des comportements spécifiques) dans son rapport à la réalité. Il y en a deux qui vont nous intéresser ici : le méta-programme « Large » et le méta-programme « Petit ».

  • Le MP Large donne une vision générale, une vue globale de la réalité. Il évite les petits détails, et a une approche plus souvent abstraite Si on devait lui donner un métier, ce serait philosophe.
  • Le MP Petit se focalise sur les détails, il découpe les éléments, les informations de manière séquentielle. Il est très concret et structuré. Si on devait lui donner un métier, ce serait horloger.
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Ces deux MP sont efficaces et ont leur intérêt selon les situations. Néanmoins, un horloger qui utilise systématiquement un MP Large risque de s’adonner à la philosophie existentialiste de son métier au lieu d’être terre à terre et de se focaliser sur la procédure que requiert l’emboitement mécanique des pièces de l’horloge les unes sur les autres. Par contre, un philosophe en MP Petit, risque d’avoir des difficultés à manier les concepts abstraits avec des discours trop précis et concrets. Ses collègues lui demanderont d’élever le niveau…

Derrière ces deux grandes caricatures –oui, je le reconnais- il est tout à fait possible aussi bien à l’horloger qu’au philosophe de basculer d’un MP à un autre selon le besoin. Même chose dans le rapport du croyant au texte. Il peut passer d’une lecture plus rationnelle (c’est-à dire utiliser des grilles de lectures scientifiques contemporaines, et de ce fait savoir faire la différence entre une métaphore et un pan de l’histoire réelle) d’un texte à une lecture plus enivrante qui lui permettra d’entrer en transe (dans une sensation de bien-être, de connexion avec Dieu) lors de la prière collective, etc., selon la situation.

Quelle posture prendre pour lire un texte « sacré »? Edition: Martine ou Al-Farabi?

Imaginons, que vous lisiez un livre pour enfants. Prenons pour exemple la collection « Martine ».


Pensez-vous que vous allez avoir besoin d’encyclopédie de référence et d’outils tirés de l’anthropologie, de la psychologie, etc. pour bien cerner le message que vous trouverez dans ce livre ?

  • Suis-je vraiment obligé de répondre à cette question ?

Bref, je prendrai cela pour un non catégorique. Effectivement, le niveau linguistique de ce type de livre est volontairement très limité. S’il est indiqué que Martine doit prendre son cartable, nous serons tous d’accord sur le fait qu’il sera inutile de chercher une signification plus « avancée » faisant appel à des niveaux supérieurs de notre intellect.

Maintenant, imaginons que je prenne un ouvrage d’un tout autre niveau:

Si je repose la même question, je ne suis pas certain que la réponse sera négative. Pour la simple raison qu’il s’agit ici d’un ouvrage rédigé par un auteur connu pour sa renommée intellectuelle et scientifique (de son temps). Le principe de figure d’autorité (intellectuelle) poussera toute personne ayant une idée du niveau complexe de ce type d’ouvrage, à se préparer à réfléchir.

Dès lors, comment une personne croyant à une entité à l’Intelligence Supérieure impensable (pour un être humain), peut-il lire un ouvrage (compilation de Ses Paroles) avec une approche aussi limitée que la lecture d’un tome des aventures de Martine ? Ce n’est d’ailleurs pas parce que certains traducteurs et exégètes auraient traduit que le Coran se manifeste par un arabe « clair », qu’il faille confondre la clarté de la langue avec une interprétation limitée. Il s’agit « clairement » de choses différentes, n’est-ce pas ?

  • Les Musulmans de l’époque islamique primitive n’avaient-ils pas une portée littéraliste du Coran ? Lorsque des commandements leur étaient récités, ils obéissaient, n’est-ce pas ? Ils n’étaient pas en train de philosopher dans le vide…

Ce paradigme vient du présupposé qu’une lecture plus avancée d’une Parole jugée pour Révélation divine pour ses fidèles croyants, serait une « trahison » (terme extrêmement puissant car il renvoie directement à l’affect et au sentiment de culpabilité) de la version de l’Islam dit « authentique ». Il est impératif de distinguer la réception direct d’un Message ET celle qui est interprétée x temps après (la Révélation proprement dite).

D’une part parce que les perceptions de l’environnement et du monde des destinataires diffèrent d’une époque à une autre, et d’autre part, parce que nous ne savons pas réellement tout ce qui s’est passé durement la période de l’islam primitif. Il y a un certain nombre de théories et d’histoires qui ont été élaborées durant la période de l’édification de l’islam institutionnel des califes abbasides.

Le Prophète enregistré en VHS

Imaginez que vous retourniez à l’époque du dernier prophète reconnu par les arabomusulmans. Equipé d’un magnétophone dernier cri, vous enregistrez la récitation coranique du prophète dans une bande sonore. Vous revenez à notre époque, et vous utilisez un analyseur de fréquence sur cette même bande sonore qui vous permettra d’avoir une imagerie sonore des hautes et basses fréquences.

Ensuite, vous procédez de la même manière avec n’importe quel récitateur de notre époque.

A votre avis, l’image sonore sera-t-elle identique à celle du prophète ?

Elle ne le sera pour personne. Les fréquences seront différentes selon la tonalité, la voix, l’environnement et les éléments (l’air, etc.) par lesquelles le son va passer avant d’atteindre votre oreille.

Je ne poserai pas la question de la comparaison entre celle d’un intermédiaire céleste et d’un prophète, car la grande majorité des croyants pourraient partir du postulat qu’un décret divin aurait pu les rendre identique. Pourquoi pas ? Cela ne change rien à ceci :

Etant donné que vous n’avez pas pu, et vous ne pourrez jamais, enregistrer la récitation coranique d’un prophète. Et sachant qu’une récitation, qu’une transmission, d’une parole n’est que la traduction intelligible d’un ensemble de vibrations, de fréquence sonores. Doit-on spéculer sur l’authenticité de la réception intégrale du message coranique qui nous est récité à notre époque?

Ou peut-être que vous prenez conscience à cet instant que quoi qu’il arrive, il est évident qu’une partie du Message vous sera à jamais inconnu.

Pour en finir avec le littéralisme

Lors d’une conférence de Tariq Ramadan en 2016 à la RAMN sur le thème «  clarifier le discours, une nécessité pour une jeunesse en quête de sens », il aurait dit ceci: « Il y a des interprétations littéralistes (…) qui sont à l’intérieur de l’islam l’expression de la diversité accepté. » En ajoutant par la suite, qu’il y avait des choses inacceptables (concernant par exemple les interprétations littéralistes sur les versets incitant à la violence, etc.).

Le grand problème de ce discours est qu’il donne, consciemment ou non, une place sacro-sainte au littéralisme en lui conférant la légitimité de l’approche historique de l’Islam. Sachant que dans la conscience musulmane, ce qui est renvoyé au passé est sacralisé par un postulat d’authenticité.

La nuance qui doit être impérativement apportée est que les interprétations littéralistes ne font pas partie de la diversité de l’Islam–parce que dans ce cas-là, Daesh en fera partie également dans quelques siècles– mais, elle fait partie de l’historicité de l’Islam. C’est-à-dire qu’elle a existé durant une période historique. Ce qui est tout à fait différent que de la catégoriser comme une référence possible sous prétexte qu’elle aurait existé à une période donnée.

Dans le prochain chapitre de CHASSER LES RADICAUX, nous allons parler du fameux « Le Prophète a dit« .

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[1] Cela serait moins blasphématoire pour les croyants s’ils souhaitent être logiques avec leur représentation de Dieu Omniscient, Omnipotent, Transcendant,…

[2] Lors d’un échange avec un enseignant de religion islamique, celui-ci me dit cette phrase assez étrange qui, dans cet article, prend tout son sens : « Si le prophète devait tomber, il resterait le Coran. Et si le Coran devait tomber, il resterait Dieu ».

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