CLR(4): « Le ProphÚte Jacques-a-dit »

Cet article vous permettra de dĂ©construire le rapport entre le croyant et les paroles attribuĂ©s au ProphĂšte (sunna). Votre ami, enfant ou vous-mĂȘme (si cela vous concerne directement,) en sortirez totalement immunisĂ© contre les manipulations des « thĂ©ologiens » et « gourous ».

Pour bien assimiler le contenu, un petit rappel de ce qui été présenté précédemment dans la rubrique « CHASSER LES RADICAUX » (CLR):

Résumé des articles précédents:

Dans CLR 1, nous avions vu le rapport des croyants Ă  la rĂ©alitĂ©. Pour communiquer un message provenant de ses processus internes (ce qui se passe dans son mental) Ă  ses semblables, l’homme utilise le langage verbal/non verbal ou Ă©crit. Le message comportera une multitude de symboles et d’images forcĂ©ment imprĂ©cis dans lesquels l’homme tentera d’exprimer sa pensĂ©e, de la vulgariser afin d’ĂȘtre compris par son interlocuteur.(
)

Lorsque nous communiquons avec autrui, le fond de notre pensĂ©e ne peut ĂȘtre exprimĂ© entiĂšrement (
). Ainsi, une partie synthĂ©tique sera condensĂ©e dans un code (langage humain) avant de passer par un canal de transmission qui nous permettra d’ĂȘtre entendu et suffisamment compris pour communiquer. Raison pour laquelle, lorsque nous parlons, nous utilisons une structure de phrase souvent incomplĂšte.(
)

Nous avons ensuite questionné la pensée magique, le sens donnée aux « miracles » par le concept « Koun fayakoun »  et des liens de causalité avec la pensée « radicale » dans la partie 2 de CLR.

Dans la troisiĂšme partie de CLR « lire le sacrĂ© sans tomber dans le fanatisme », nous avions dĂ©veloppĂ© les deux grandes approches cognitives du Texte SacrĂ©, « Parole de Dieu » pour les musulmans. Et en dĂ©montrant comment l’approche littĂ©raliste Ă©tait en contradiction avec la dĂ©finition divine que les croyants octroient aux textes sacrĂ©s.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ceux qui considĂšrent les textes sacrĂ©s comme un danger ont la mĂȘme approche littĂ©rale des textes que les littĂ©ralistes. Sauf que, contrairement Ă  eux, ils simplifient le texte sans pour autant affirmer en mĂȘme temps qu’il s’agirait d’un texte Ă©manant d’une Intelligence SupĂ©rieure. Ce qui les rend bien moins caricaturaux que les littĂ©ralistes.

Dans le courant de l’annĂ©e 2010, le leader de la nĂ©buleuse Sharia4Belgium, Fouad Belkacem, avait Ă©tĂ© invitĂ© Ă  dĂ©battre sereinement avec Filip Dewinter (membre du parti d’extrĂȘme droite flamand, le Vlaamsbelang) sur la webchaine Gunktv. L’un considĂ©rant la religion islamique comme la cause des grandes crises, l’autre comme la solution. Et pourtant, ils seront tous les deux en accord avec la maniĂšre de lire le Coran. En (re)lisant l’article prĂ©cĂ©dent cet accord de lecture entre ces deux mondes vous semblera d’une logique implacable.

LE PROPHETE JACQUES A DIT 

Quel musulman ou non musulman intĂ©ressĂ© (directement ou indirectement) par l’Islam n’a-t-il jamais entendu : « Le ProphĂšte a dit(
) Â» ? Personne, bien entendu. Et pour cause, il est actuellement impossible dans la sphĂšre musulmane de ne pas ĂȘtre ou avoir Ă©tĂ© conditionnĂ© Ă  un moment donnĂ© par ce tampon institutionnel du « ProphĂšte-a-dit Â» par des personnes 
 qui ne l’ont jamais entendu. Et qui bien entendu ne l’entendront jamais dans cette vie.

Pour comprendre ce dont nous allons parler, je vais vous poser une question quelque peu provocante : avez-vous connu le jeu « Jacques-a-dit Â» ? Il s’agit d’un jeu (destinĂ© aux enfants) dans lequel on demande aux participants de reproduire la gestuelle et de rĂ©pondre aux injonctions donnĂ©es par l’animateur du jeu Ă  condition que celui-ci dĂ©bute par la phrase « Jacques-a-dit Â». Si vous rĂ©pondez Ă  sa demande sans que celui-ci n’ait citĂ© ce mot magique, vous aurez perdu.

Imaginez que tout Ă  coup durant le jeu, il se passe la chose suivante :

Animateur : – Jacques-a-dit de lever la main


Tous les joueurs lĂšvent donc la main, Ă  l’exception d’un seul. Nous l’appellerons « Narjisse Â».

ANIMATEUR : tu as perdu Narjisse ! Tu n’as pas levĂ© tes mains, et j’avais dit « Jacques-a-dit Â» !

NARJISSE : Oui, mais attends
Qui est Jacques ?

ANIMATEUR : Comment ça qui est Jacques ? Mais on s’en fiche de qui il est. La rĂšgle du jeu consiste Ă  faire ce que je dis tant que j’ai citĂ© son nom ! Si tu veux faire des recherches sur sa biographie, tu peux faire ça en dehors du jeu, sur internet !

NARJISSE : Ok, j’ai compris ! Il faut faire ce que Jacques-a-dit !

ANIMATEUR : VoilĂ , tu as tout compris ! Bon, on va recommencer la partie. Jacques-a-dit de mettre les mains sur la tĂȘte et de crier « ALLELUIA Â» !

Tous les joueurs mettent leurs mains sur la tĂȘte et crient Alleluia. A l’exception de NARJISSE.

ANIMATEUR : Tu es Ă©liminĂ©e, NARJISSE ! DĂ©solĂ©, mais cette fois on ne recommencera pas la partie !

NARJISSE : Oui, mais attends
 comment sait-on que Jacques a dit cela ?

ANIMATEUR : Parce que JE le dis ! C’est la rĂšgle !

NARJISSE : Oui, d’accord. Mais tu as dit tout Ă  l’heure ne pas le connaĂźtre physiquement ce Jacques. Donc comment sommes-nous censĂ©s ĂȘtre certains qu’il l’ait dit. Et toi comment sais-tu toi-mĂȘme qu’il a vraiment dit cela ?

ANIMATEUR : Il y a des rĂšgles qui ont Ă©tĂ© dictĂ©es par les maitres du jeu. Tu ne vas pas me rĂ©inventer les rĂšgles quand mĂȘme ?!

NARJISSE : C’est Jacques qui a Ă©crit les rĂšgles ? Était-il prĂ©sent lorsque les maitres du jeu ont retranscrit ce qu’il est censĂ© avoir dit ?

ANIMATEUR : Mais en quoi est-ce important pour toi de savoir cela ?

NARJISSE : RĂ©cemment, j’ai dit Ă  des camarades de classe que je ne me rendrais pas aux prochains cours Ă  l’école car je devais visiter une voisine atteinte d’une leucĂ©mie Ă  l’hĂŽpital avec ma mĂšre.

ANIMATEUR : Et ?

NARJISSE : Ben ils ont dit aux professeurs que ma mĂšre avait un cancer et que c’est pour ça que j’étais Ă  l’hĂŽpital ! Pourtant ils Ă©taient avec moi quand je leur ai expliquĂ© la raison de mon absence, mais ils n’ont pas bien compris sauf deux ou trois qui ont eu un doute et ont prĂ©fĂ©rĂ© se conformer aux quatre autres tĂ©moins ! Et du coup, on a reçu une lettre de toute la classe souhaitant un bon rĂ©tablissement Ă  ma mĂšre. Il y en a mĂȘme un qui visiblement, ayant encore moins compris que le reste de la classe, a signĂ© « Toutes mes condolĂ©ances Â». Donc, je veux ĂȘtre sĂ»r que Jacques a bien Ă©tĂ© compris quand les maĂźtres du jeu ont retranscrit ses paroles. Et pour cela, il faudrait au minimum qu’il puisse vĂ©rifier ce qu’on ait rĂ©pĂ©tĂ© de lui, non ? Je suis dĂ©solĂ© mais cette histoire de cancer m’a presque traumatisĂ©. Je veux ĂȘtre sĂ»r qu’on ne se trompe pas pour Jacques sinon on va lui porter prĂ©judice !

ANIMATEUR : En fait toi tu ne veux pas qu’on joue Ă  « Jacques-a-dit Â». Parce que si on suit ta logique, ce n’est plus possible ! Sinon, qu’est-ce qu’on est censĂ© faire pour continuer Ă  jouer tout en laissant ta « conscience Â» tranquille ?

NARJISSE : On pourrait commencer par jouer en remplaçant « Jacques-a-dit » par « Jacques-aurait-dit Â». Ce serait plus proche de la vĂ©ritĂ©, non ?

ANIMATEUR : L’utilisation du conditionnel ne fait pas partie de la rĂšgle du jeu. On ne va pas changer les rĂšgles parce que t’as un souci de conscience !

NARJISSE : Oui, mais alors Jacques ne va pas ĂȘtre content


Et c’est ainsi que pour le bien de tous les participants, l’animateur n’a plus jamais rĂ©invitĂ© NARJISSE Ă  jouer Ă  « Jacques-a-dit Â».

Au risque de vous surprendre, je suis du mĂȘme avis que l’animateur. Il n’est pas important de savoir qui est Jacques et s’il a vraiment dit ceci ou cela. La rĂšgle du jeu n’a pas Ă©tĂ© conçue pour rĂ©pondre Ă  ce type de questions. Cela ne ferait que transformer ce jeu d’action –rĂ©action en dĂ©bat interminable bien Ă©loignĂ© de l’objectif de dĂ©part.

L’objectif du « ProphĂšte-a-dit »

Concernant la rĂšgle du « ProphĂšte-a-dit Â» dans un prĂȘche, un discours, que ce soit sur internet, dans une mosquĂ©e ou au coin d’une rue, la rĂšgle de base ne change pas. L’objectif de votre interlocuteur n’est pas de dĂ©battre sur les probabilitĂ©s que le ProphĂšte ait prononcĂ© le message comme cela l’a Ă©tĂ© rapportĂ© et qu’il ait bien Ă©tĂ© compris (selon le contexte et le sens originel) mais que vous acceptiez de rĂ©pondre positivement Ă  la recommandation qui suivra l’introduction «le ProphĂšte-a-dit Â».

Et ceci n’est pas un reproche ou une critique ! Il s’agit tout simplement d’un outil classique de persuasion visant Ă  empĂȘcher toute possibilitĂ© de remettre en question ou pour les plus softs, d’appuyer ce que vous demande/recommande l’émetteur du message. A l’heure des librairies d’internet et de l’accessibilitĂ© quasi instantanĂ© des ressources scripturaires censĂ©es relater le vĂ©cu du ProphĂšte, cet outil n’est pas suffisant. Vous pouvez toujours tomber sur non pas une, mais des centaines de NARJISSE qui  pourraient vous demander « Mais comment sait-on que le ProphĂšte a dit cela ? Â».

Les 3 clés pour renforcer la persuasion

Pour appuyer son autoritĂ©, l’émetteur du discours complĂštera la phrase « Le ProphĂšte-a-dit Â» par 3 autres phrases-clĂ©s (la derniĂšre n’étant pas indispensable, elle peut renforcer nĂ©anmoins la perception d’authenticitĂ© chez le destinataire :

  • Selon/rapportĂ© par X [NOM D’UNE PERSONNE FAISANT OFFICE DU DERNIER TEMOIN ISSU D’UNE LONGUE LISTE DE TRANSMETTEURS DE LA PAROLE (ATTRIBUEE AU PROPHETE) NON CITEE INTEGRALEMENT (DANS UNE LOCUTION VERBALE)].
  • Et rapportĂ© dans Y [NOM D’OUVRAGE RELATANT LE TEXTE, LA SOURCE, FAISANT FIGURE D’AUTORITÉ, ET POUR LA PLUPART DU TEMPS « SACRALISɠ»].
  • AuthentifiĂ© par Z [NOM D’UN THÉOLOGIEN CONTEMPORAIN (AYANT LE TITRE DE « SAVANT Â») AFFIRMANT LA VERACITE DE LA PAROLE ATTRIBUEE AU PROPHETE PAR UNE METHODE DE RECHERCHE]

Ainsi les destinataires du message seront rassurĂ©s sur la vĂ©racitĂ© de ce qui est dit en sachant que « le prophĂšte-a-dit Â» Ă  sa source dans un rĂ©fĂ©rentiel, des recueils des paroles du ProphĂšte (les hadiths) dans lequel ils trouveront une sĂ©rie de « le ProphĂšte-a-dit Â» et de « le ProphĂšte-a-fait Â». Bref, un ensemble de comportements, de conseils et de recommandations attribuĂ©s au ProphĂšte. Il s’agit de ce qu’on nomme plus traditionnellement les traditions du ProphĂšte, la sunna.

Dans l’article qui abordera les leviers psychologiques (trĂšs connus par les gourous et autres manipulateurs), nous verrons que le code vestimentaire et le style de langage sont deux outils trĂšs utilisĂ©s comme figure d’autoritĂ© pour installer un lien de confiance dans l’inconscient du public visĂ©.

Lorsqu’une personne se rend Ă  l’église pour Ă©couter le prĂȘche d’un pasteur, il n’y va pas dans l’intention de vĂ©rifier tout ce qui sortira de sa bouche lorsque celui-ci fera rĂ©fĂ©rence Ă  JĂ©sus, aux apĂŽtres, Ă  la Bible, etc. Lorsqu’une personne se rend Ă  une confĂ©rence universitaire pour Ă©couter le discours d’un scientifique, il n’y va pas dans l’intention de vĂ©rifier l’authenticitĂ© de tout ce qu’il entendra.

Ainsi, un certain lien de confiance est indispensable entre l’Ă©metteur du message et le destinataire. En tout cas jusqu’à ce que l’autoritĂ© fasse mention d’une phrase ou d’une rĂ©fĂ©rence qui paraitra Ă©trange ou inattendue pour ses auditeurs. Et c’est Ă  ce moment-lĂ  qu’ils pourraient plus facilement activer un processus de pensĂ©e qui les conduira Ă  faire leurs propres recherches : “Tiens, je n’avais jamais entendu cela“ ; “Cela ne m’a pas convaincu“ ; “Je vais vĂ©rifier Ă  la bibliothĂšque et/ou sur internet. â€œ Â»

Donc pour rĂ©sumer, votre interlocuteur a un message spĂ©cifique Ă  vous communiquer. Ne disposant pas forcĂ©ment des connaissances scientifiques pouvant convaincre son auditoire, il utilisera l’outil « le ProphĂšte-a-dit Â».

 Je me souviens qu’à une certaine Ă©poque, certains rares imams/prĂ©dicateurs amateurs s’en contentaient sans rien ajouter de plus. Surtout lorsqu’ils avaient pour habitude d’user du code vestimentaire traditionnel comme figure d’autoritĂ© (voile saoudien sur la tĂȘte, bonnet blanc, djellaba, etc.).

Le nombre de croyants plus sceptiques, mĂ©fiants (Ă  juste titre) s’agrandissant de jour en jour, les 3 phrases clĂ©s suivant « le ProphĂšte-a-dit Â» sont devenues systĂ©matique chez toute personne dĂ©sirant convaincre du bien-fondĂ© de leur injonction/recommandation :

  1. Selon/rapportĂ© par X [NOM D’UNE PERSONNE FAISANT OFFICE DU DERNIER TEMOIN ISSU D’UNE LONGUE LISTE DE TRANSMETTEURS DE LA PAROLE (ATTRIBUEE AU PROPHETE) NON CITEE INTEGRALEMENT (DANS UNE LOCUTION VERBALE)].
  2. Et rapportĂ© dans Y [NOM D’OUVRAGE RELATANT LE TEXTE, LA SOURCE, FAISANT FIGURE D’AUTORITÉ, ET POUR LA PLUPART DU TEMPS « SACRALISɠ»].
  3. AuthentifiĂ© par Z [NOM D’UN THÉOLOGIEN CONTEMPORAIN (AYANT LE TITRE DE « SAVANT Â») AFFIRMANT LA VERACITE DE LA PAROLE ATTRIBUEE AU PROPHETE PAR UNE METHODE DE RECHERCHE]

Mais devant une telle efficacitĂ© de persuasion, cet outil a fini par ĂȘtre victime de son abus d’utilisation. Et pour cause, nous nous sommes vite retrouvĂ©s avec des « le ProphĂšte-a-dit Â» pour tout et pour rien. Etre gentil avec ses voisins ? Le ProphĂšte a dit
 Parler sereinement ? Le ProphĂšte a dit
 Souriez ? Le ProphĂšte a dit
 Soyez humain ? Le ProphĂšte a dit
 (Bon on n’en est pas encore arrivĂ© lĂ , mais ça ne saurait tarder).

Il n’est dĂšs lors pas Ă©tonnant que dĂšs qu’un confĂ©rencier n’use pas de cet outil, il est trĂšs vite remarquĂ©. Cela sonne comme une anomalie, quelque chose qui sonne faux par son Ă©trangetĂ©. Ainsi la question ne tarde pas Ă  tomber : « Et oĂč est la sunna dans ce que vous dites ? Â».

LĂ  oĂč rĂ©side la subtile manipulation: toucher votre culpabilitĂ©

–          Il n’y a rien d’anormal Ă  citer des rĂ©fĂ©rences religieuses pour faire des liens sur des sujets que l’on estime importants. Les chrĂ©tiens ne citent-ils pas JĂ©sus et la Bible ? Les bouddhistes ne citent-ils pas Siddhartha Gautama ?

Effectivement. ExceptĂ© que l’utilisation systĂ©matique de ce moyen d’autoritĂ© ne sert pas uniquement Ă  faire des liens entre un sujet et une religion, mais de jouer sur la fibre culpabilisante suivante : « Maintenant vous savez ce qu’a dit /fait le ProphĂšte. Comment justifieriez-vous, VOUS MUSULMAN, que vous refusez de suivre (dans les paroles et les actes) l’élu de Dieu ? Â» Ajoutez Ă  ça l’utilisation psychologique du faux choix « Dieu est tĂ©moin que j’ai transmis la parole du ProphĂšte. Vous ĂȘtes libre de faire ce que vous voulez Â». Avec le prĂ©supposĂ© silencieux trĂšs familier aux manipulations des prĂȘcheurs moralisateurs : « Seul un hypocrite aux yeux de Dieu pourrait refuser sciemment de suivre les recommandations du ProphĂšte»

Nous pourrions entendre des Ă©vangĂ©listes crier « Aimez-vous les uns les autres PARCE QUE JĂ©sus vous l’a demandé»[Je laisse la possibilitĂ© que dans un Ă©lan de zĂšle et d’envie de convaincre, ils peuvent Ă©galement usĂ© de ce principe d’autoritĂ©] NĂ©anmoins, nous entendrons bien plus souvent « Aimez-vous les uns les autres COMME vous l’a demandĂ© JĂ©sus Â» ou « (
) COMME il vous a aimĂ©s Â». Une nuance trĂšs importante!

Demander les sources et les références religieuses ne sont-ils pas une saine démarche?

–          Supposons qu’il y ait une utilisation abusive des « paroles du ProphĂšte Â». Cela ne remet pas en cause le fait que les 3 phrases-clĂ©s dont tu parles prouvent qu’elles ne sont pas inventĂ©es ! Que fais-tu de la science des hadiths (1)?  Et puis tu as citĂ© en exemple le type de remarque d’une certaine catĂ©gorie de musulmans conditionnĂ©s par ce que tu appelles les « ProphĂšte-a-dit Â». Tu as omis que s’ils demandent « oĂč est la sunna Â» dans les propos de leurs interlocuteurs, ils demandent aussi « oĂč est le [passage du] Coran [dans le(s)quel(s) ils basent leur argument] Â» (2). Encore heureux qu’ils le fassent ! Tu leur reproches de demander les sources religieuses (3)? Tu reprocherais Ă  des Ă©tudiants de vĂ©rifier d’oĂč leur enseignant tire ses informations ?

Je vais commencer par la derniĂšre question (3) afin de dissiper tout risque de malentendu. D’une part, il s’agit ici de dĂ©coder la stratĂ©gie derriĂšre l’utilisation systĂ©matique de la sunna par des prĂȘcheurs afin de jouer sur le levier psychologique de la culpabilitĂ©. D’autre part, il est Ă  rappeler que c’est son utilisation excessive qui a donnĂ© la consĂ©quence perverse qui consiste Ă  chercher systĂ©matiquement dans tout discours, un « ProphĂšte-a-dit Â». S’il est tout Ă  fait logique, voire encourageant, qu’un Ă©tudiant demande Ă  son enseignant oĂč se trouve la source d’oĂč il tire ses informations, cela sera tout Ă  fait inadaptĂ© s’il lui demande le passage biblique qui justifierait le fait d’ arriver Ă  l’heure Ă  son cours.

Pour la remarque sur la demande des passages du Coran (2), il faut ĂȘtre conscient que le sens du texte coranique repose sur tellement de facteurs (contexte, sens de la lecture, interprĂ©tation, grilles de lectures politiques apolitiques des traducteurs, etc.) que la plupart du temps, un filtre, une alerte inconsciente se traduisant par une hĂ©sitation, empĂȘchera de faire une connexion directe entre une recommandation/injonction et une action pragmatique. Cela aussi en partie parce que de nombreuses sourates donnent des descriptions larges et/ou mĂ©taphoriques sujettes Ă  la rĂ©flexion.

Par contre, un « ProphĂšte-a-dit Â» et « ProphĂšte-a-fait Â» est en gĂ©nĂ©ral  concret et appelle Ă  une rĂ©ponse sous forme d’action (obĂ©issance se basant sur la similaritĂ© la plus proche entre la recommandation/injonction et l’action du ProphĂšte). Ajoutez Ă  cela que l’anachronisme est loin d’ĂȘtre considĂ©rĂ© comme problĂ©matique dans le rapport au texte (Coran et Sunna) dans la lecture musulmane dominante !


La remarque sur la science des hadiths (1) va nous permettre de conclure ce chapitre de notre rapport au texte.

Mais avant, il sera utile de faire une petite digression qui a son importance :

La rĂ©fĂ©rence Ă  un ĂȘtre humain est toujours plus « concret »?

Si les Paroles de Dieu peuvent toujours ĂȘtre sujettes Ă  la rĂ©flexion et Ă  la mĂ©ditation (voir CLR2: faut-il tuer la pensĂ©e magique),  partant du postulat que l’ĂȘtre humain vit son expĂ©rience humaine dans un avatar d’homme/femme dans un monde matĂ©riel, il ne peut estimer percevoir l’étendue de la Parole de Dieu sans en diminuer sa portĂ©e divine. (Voir CLR1: le rapport au rĂ©el)

Une fois que le croyant a conscientisĂ© cela, il ne lui sera plus possible de suivre l’exĂ©gĂšte personnelle d’un thĂ©ologien du XIIeme siĂšcle sans prendre du recul, le temps de la rĂ©flexion. (Il restera toujours le principe de la « sacralisation Â» des exĂ©gĂštes  liĂ©s directement ou indirectement aux interprĂ©tations coraniques qui pourrait faire obstacle Ă  cette prise de recul, mais nous en parlerons dans un autre article).

Par contre, lorsqu’il s’agit d’une parole d’un prophĂšte, les choses sont moins simples. Le prophĂšte Ă©tant un homme, l’intermĂ©diaire entre Dieu et les ĂȘtres humains, remettre en question ce qu’on rapporte de lui sera automatiquement synonyme de tentative de falsification, de trahison.

Exemple : imaginons qu’ un prophĂšte (aussi important que l’est Muhammad pour les musulmans) dise que l’on peut frapper sa femme ou que l’on rapporte une description d’un comportement dans lequel il brise un instrument de musique aprĂšs l’avoir interdit.

Nous serons bien d’accord que cela va difficilement ĂȘtre interprĂ©tĂ© comme une « mĂ©taphore Â». Cela sonnera directement comme quelque chose de terre Ă  terre, de concret. MĂȘme s’il y aura toujours des modernistes pour tenter des contorsions frĂŽlant parfois le tour de passe-passe pour donner une interprĂ©tation assez abstraite ou Ă©dulcorĂ©e, elle sera toujours moins crĂ©dible aux yeux des croyants que la premiĂšre (interprĂ©tation de l’acte ou de la parole du ProphĂšte).

Dans ce cas, lorsqu’un prĂȘcheur rapporte une parole du prophĂšte ou un de ses actes, que la source est bien prĂ©sente et authentifiĂ©e dans des recueils importants, parfois sacralisĂ©s dans le monde musulman (dominant), que-fait-on ?

Loi des hommes ou loi de Dieu?

Si vous ĂȘtes persuadĂ© qu’il s’agit bel et bien de la parole du prophĂšte, que voulez-vous faire ? Convaincre des croyants qui prennent un personnage historique pour prophĂšte de Dieu de ne pas le suivre dans ses paroles et ses actes ?  Cela n’aurait aucun sens. Autant demander aux Ă©vangĂ©listes de ne pas suivre les paroles de JĂ©sus, aux Bouddhistes de ne pas suivre les recommandations de Bouddha, etc. tout ça parce que « leurs paroles Â» ne conviendraient pas Ă  la vie « en sociĂ©tĂ© Â». Cette distorsion de niveau logique entre la croyance (Dieu et ses prophĂštes) et le comportement (action jugĂ©e inadaptĂ©e par la loi en vigueur dans la sociĂ©tĂ©) est assez rĂ©currente et  problĂ©matique.

Si une personne croit en un Dieu qui se manifeste dans le monde des hommes, il le croit, ipso facto, supĂ©rieur Ă  toute loi rĂ©gie par ses crĂ©atures. Dans le paradigme d’un croyant, Dieu a crĂ©Ă© l’univers et tout ce qu’il contient, notamment les hommes qui finiront pas lĂ©gifĂ©rer leur coexistence dans des sociĂ©tĂ©s plurielles. Il y a donc une cohĂ©rence et un ordre de grandeur.

Donc, les croyants dĂ©sirant vivre parmi leurs semblables dans la sociĂ©tĂ© qui leur convient vont faire en sorte de s’adapter Ă  la lĂ©gislation de la citĂ© tout en respectant, dans la mesure du possible, les Lois de leur Dieu.

C’est pourquoi, ils naĂźtront, ad vitam ĂŠternam, dans ce groupe de croyants des personnes qui refuseront « l’adaptabilitĂ© Â» car elles le verront comme une inversion des prioritĂ©s (loi sociĂ©tale supĂ©rieure aux lois « divines Â»). Leur  logique simpliste (cnfr « simplification de la complexitĂ© Â») sera toujours plus facilement assimilable car elles partiront du postulat que les autres essaient de rĂ©duire le champ d’application des lois de Dieu pour ne pas ĂȘtre victimes de leur gouvernement. Les valeurs bafouĂ©es seront le courage, l’honneur, l’authenticitĂ©, la loyautĂ©, etc. Des valeurs puissantes qui feraient douter plus d’un croyant. Surtout lorsqu’ils baignent dans une pĂ©riode oĂč le sentiment de persĂ©cution est systĂ©matiquement encouragĂ© et appuyĂ© par tout une sĂ©rie d’acteurs (politiciens, mĂ©dias, acteurs associatifs, site internet « complotistes Â», etc.)

Faire le dĂ©ni de cette logique des prioritĂ©s chez une partie importante des croyants est courant chez certains politiciens et dĂ©magogues qui ne cessent d’ĂȘtre dans la revendication, ou au contraire, dans la vindicte, plutĂŽt que dans la solution. Leur discours n’est que perte de temps et d’énergie


 Peut-ĂȘtre ne comprennent-ils pas le rapport des croyants Ă  Dieu (et comment ils se Le reprĂ©sentent) ? Tout en sachant que celui-ci diffĂšre du type de croyance(religion), du niveau de sensibilitĂ© de l’individu et de sa relation personnelle avec Dieu.

Maintenant, la question de NARJISSE est primordiale pour tous ceux qui souhaitent ĂȘtre sincĂšres dans leurs convictions (quelle qu’elle soit d’ailleurs) : « Est-ce que le ProphĂšte a vraiment dit ça ? Â»

Narjisse vs la science des hadiths

Parmi les « sciences Â» du monde islamique, il existe ce que l’on appelle les sciences des hadiths. Une Ă©tude rigoureuse et complexe des liens et chaĂźnes de transmissions des paroles et actes attribuĂ©s au prophĂšte. La taxinomie qui est appliquĂ©e est impressionnante de par sa mĂ©thodologie minutieuse dans tous ce qui connecte la tradition du prophĂšte avec tous ceux qui l’ont rapportĂ© directement ou indirectement. Vous aurez donc des catĂ©gories de hadiths selon le nombre de chaine de transmissions, la fiabilitĂ© des rapporteurs (avec des tĂ©moignages sur leur potentiel de piĂ©tĂ© et de sincĂ©ritĂ©), l’identification de ceux qui terminent la chaine de transmission ou qui la dĂ©butent, etc.

Ce travail d’orfĂšvre qui, contrairement au dĂ©nigrement de certains militants « coranistes Â», n’a pas Ă  ĂȘtre sous-estimĂ©. Son apport nous permet d’avoir une idĂ©e des diffĂ©rentes visions et des paradigmes des oulĂ©mas qui ont participĂ© au recueil des hadiths, et qui de surcroĂźt, les ont interprĂ©tĂ©s selon leurs grilles de lecture idĂ©ologiques.

NĂ©anmoins, revenons sur la portĂ©e d’un immense travail d’enquĂȘte sur les hadiths et la vĂ©racitĂ© de ceux-ci.

Il y a deux questions Ă  se poser :
Est-ce que ces paroles ont Ă©tĂ© rĂ©ellement « prononcĂ©es Â» ? Si oui, l’ont-elles Ă©tĂ© par le ProphĂšte lui-mĂȘme ?

La science des hadiths contient une division des hadiths dans laquelle nous pouvons retrouver ce que les oulĂ©mas appellent : « hadith moutawatir Â». Il s’agit d’un « ProphĂšte-a-dit Â» citĂ© par un nombre si consĂ©quent de personnes diffĂ©rentes que, selon les oulĂ©mas, la raison ne pourrait le remettre en question. Bref, tout hadith faisant partie de ce registre est catĂ©goriquement attribuĂ© au ProphĂšte (dans ce cas prĂ©cis, la « raison Â» est citĂ© comme argument mĂȘme par les plus littĂ©ralistes de la tradition musulmane.).

Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que le problĂšme va se poser


PARTIE 2 : LE PROPHÈTE AURAIT DIT ?

Imaginons que A communique avec B. B rapporte ce qu’il a entendu Ă  C. C va vĂ©rifier les dires de A. 3 scĂ©narii sont possibles:

Scénario 1

C : B m’a dit que tu lui avais dit que « blablabla Â». Est-ce vrai ?

A : Oui, exactement. Cela te surprend ? Tu n’étais pas lĂ  lorsque le contexte m’a conduit Ă  affirmer cette chose. Je vais donc te rĂ©expliquer afin que tu saisisses le sens de mes propos. Maintenant, il est Ă©vident que je formulerai les choses autrement.

Scénario 2

: B m’a dit que tu lui avais dit que « blablabla Â». Est-ce vrai ?

A : Oui et non. En fait, la maniĂšre dont la phrase est formulĂ©e n’est pas rĂ©ellement ce que j’ai dit. B a dĂ» ajouter sa propre comprĂ©hension dans mon propos, ce qui le dĂ©nature un peu. Je vais donc devoir te rĂ©expliquer ce que j’ai dit en y ajoutant quelques Ă©lĂ©ments qui pourraient te manquer.

Scénario 3

: Ah bon ? Il est sĂ»r de m’avoir entendu dire cela ? Il y avait beaucoup de monde, peut-ĂȘtre m’a-t-il mal compris. Nous Ă©tions dans une pĂ©riode assez difficile, je mettrai ça sur le compte de la pression, la fatigue ou
un souci d’audition.

Nous pourrions ajouter plusieurs autres scĂ©narii qui iraient dans le mĂȘme sens. La base d’une communication est de pouvoir intĂ©grer un feedback.  C’est-Ă -dire de pouvoir Ă©couter la reformulation de notre auditeur afin de vĂ©rifier qu’il nous ait bien compris.

Nous avons tous dĂ» vivre une situation similaire.
Et c’est normal,  comme nous l’avions expliquĂ© prĂ©cĂ©demment, notre message passe par toute une sĂ©rie de filtres.

Mais ce n’est pas tout ! Nous faisons des omissions volontaires lorsque nous communiquons. Cela nous permet d’éviter de faire des phrases interminables.

Nos filtres méta-lingustiques: les biais qui génÚrent les rumeurs

Notre cerveau a tendance Ă  complĂ©ter les omissions par des connexions (pouvant parfois paraĂźtre Ă©tranges) en faisant des infĂ©rences de maniĂšre inconsciente. C’est-Ă -dire qu’il va combler les trous par des Ă©lĂ©ments, des informations qu’il connaĂźt dĂ©jĂ .

Vous pouvez dire Ă  quelqu’un qu’hier il faisait chaud dehors.  Celui-ci pourrait comprendre par-lĂ  que vous Ă©tiez Ă  l’extĂ©rieur. Alors que vous avez juste vu la mĂ©tĂ©o Ă  la tĂ©lĂ©vision enfermĂ© dans votre chambre. Et lĂ , si je ne prĂ©cise pas, vous  pourriez penser que ce soit chez moi, et non pas dans une chambre
d’hĂŽtel.

Nous faisons aussi constamment des gĂ©nĂ©ralisations (ex : “ Il pleut toujours en Belgique ! â€œLes Blancs sont racistes“, “ les Noirs sont pauvres“, etc.) mais Ă©galement des distorsions de liens de cause Ă  effet (ex : “ Des jeunes sont partis faire le djihad  en Syrie car ils Ă©taient discriminĂ©s en Europe“)

*  A fait rĂ©fĂ©rence Ă  des Français de toutes origines qui ont eu un comportement injurieux pour des raisons qu’il n’explique pas dans sa conversation.
** B fait rĂ©fĂ©rence Ă  des Français dit « de souche Â» en faisant une gĂ©nĂ©ralisation ET un lien de cause Ă  effet entre les Français (quelle que soit leur origine) injurieux et certains racistes (qui n’étaient peut-ĂȘtre pas tous de « souche Â», mais cela, son interlocuteur ne l’a pas prĂ©cisĂ©).

Bref, c’est ainsi que B peut trĂšs bien avoir Ă©coutĂ© A et l’avoir compris. Rien ne nous garantit qu’il le rapportera Ă  C sans ces trois filtres (omissions, gĂ©nĂ©ralisations, distorsions).

Mais heureusement, C a la capacitĂ© de vĂ©rifier auprĂšs de A !

Alors qu’avec les traditions du Prophùte, cela est malheureusement impossible.

L’algorithme biaisĂ© des chaines de transmissions des paroles attribuĂ©es au ProphĂšte

Imaginons que « âžĄïžÂ» reprĂ©sente les interactions qui vont d’un pts Ă  un autre . AâžĄïžB,C,DâžĄïžE,F,C  = A envoie un message Ă  B, C et D. Ceux-ci rapportent le message Ă  E,F,C.

VoilĂ  ce que Ă§a donnera :

AâžĄïžB,C,D,E (contemporain Ă  A)âžĄïž F,G,H,I,â€ŠâžĄïž J,K,L,Mâ€ŠâžĄïž (X annĂ©es pendant lesquelles les paroles de A n’ont pas Ă©tĂ© retranscrites dans un livre)âžĄïž M,N,O,P,â€ŠâžĄïžâ€Š.

À partir de « J» il devient dĂ©jĂ  plus compliquĂ© d’avoir le feedback de « A Â».

Nous pourrions également schématiser le processus de cette maniÚre.

ProphĂšte (A)âžĄïž Auditeur(s) (B,C,D,E,
)âžĄïžRapporteursâžĄïž (B ,C,D,E
)âžĄïž Rapporteurs 2 (F,G,H,I,
) âžĄïž (
)âžĄïžTranscripteursâžĄïž Recueils et filtrages (selon la mĂ©thodologie)âžĄïž Editions (forte possibilitĂ© de censure selon la politique en vigueur) âžĄïž RĂ©Ă©dition (forte possibilitĂ© de filtrage et/ou censure selon l’idĂ©ologie de la « maison d’édition Â»)âžĄïž(
)âžĄïž Lecteurs  1(figure d’autoritĂ© religieuse)âžĄïžAuditeurs/lecteurs 2(croyants lambda).

Tout en conscientisant que durant les dynasties omeyyades, abbassides et jusqu’aux invasions Tatars le nombre d’ouvrages et de recueils thĂ©ologiques perdues (autodafĂ©s) est impossible Ă  chiffrer.

Vous comprendrez ainsi que malgrĂ© toute la rigueur mĂ©thodologique des sciences des hadiths, il sera toujours impossible d’affirmer qu’une parole rapportĂ©e est bien celle du ProphĂšte (avec le sens et l’entiĂšretĂ© du message originel) !

Contrairement Ă  la thĂ©orie coraniste qui rejette tout hadith, nous ne pouvons pas non plus affirmer qu’ils soient tous faux. En fait, nous ne pouvons rien affirmer si ce n’est que nous avons des textes qu’il faudra toujours prendre avec des « pincettes Â» et un maximum de recul. Il y a des textes qui libĂšrent (que tout individu pourrait imaginer qu’ils viennent d’un homme extra lucide et pour les croyants, un homme proche de Dieu
donc pourquoi pas ?) et d’autres qui emprisonnent (ils sont en gĂ©nĂ©ral utilisĂ©s par les terroristes, rigoristes et ceux qui se disent ou sont traitĂ©s d’ « islamophobes Â»).

Comme l’aurait dit Narjisse, nous ne devrions pas dire que le ProphĂšte a dit mais le ProphĂšte aurait dit !

Les savants ne veulent pas du conditionnel!

Mais cet ajout du conditionnel dans « Le ProphÚte aurait-dit » fait obstacle à toute obéissance et persuasion immédiate des fidÚles croyants vis-à-vis de leur maßtre.

VĂ©rifiez vous-mĂȘme, lorsque vous appuierez un conseil en ajoutant « le ProphĂšte aurait dit (
) Â», la formulation permet de prendre le recul avec cette activation du dialogue interne : « Il l’a peut-ĂȘtre dit mais personne n’est sĂ»r que ce soit rĂ©ellement le cas Â». La manipulation devient plus compliquĂ©e pour nos gourous.

Et mĂȘme le fameux « les compagnons ont entendu (le ProphĂšte) et ont obĂ©i [sans discuter] Â» ne fonctionnera plus comme facteur de culpabilitĂ© et de suggestion : Â« Ah les [saints] compagnons obĂ©issaient direct aux paroles du ProphĂšte et nous on se pose encore des questions ?! Â».

Car dites-moi, parmi les oulĂ©mas et autres « savants Â» de l’Islam qui jurent sur l’authenticitĂ© des paroles (et le sens qu’elles lui sont donnĂ©es par ces mĂȘme figures d’autoritĂ©s). Qui a rĂ©ellement entendu le ProphĂšte ? Qui a fait un feedback ?

Et c’est lĂ  que vous comprendrez la raison de la sacralisation de personnages faisant office de rapporteurs et auditeurs des paroles du ProphĂšte. Car ne pouvant s’accrocher Ă  une corde solide, il sera indispensable de sublimer des ĂȘtres humains afin de pallier Ă  l’impossibilitĂ© d’affirmer que le ProphĂšte a bien dit ceci et cela. (Nous y reviendrons dans les outils qui radicalisent la pensĂ©e)

Et comme le ProphĂšte aurait dit : « Laisse ce qui provoque en toi le doute, pour ce qui ne suscite en toi aucun doute Â».

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