CLR(5): Les 1001 ProphĂštes

Comprendre le mĂ©canisme derriĂšre l’hystĂ©rie collective sur les caricatures du ProphĂšte; sortir du piĂšge des extrĂȘmes, et crĂ©er un pont aussi solide que vos convictions! Oui, c’est encore possible et je vais vous le prouver!

Cet article vous permettra de nouer une relation de confiance et d’empathie, mais Ă©galement, un espace de discussion apaisĂ© et serein .

Nous allons revenir sur l’un des personnages historiques les plus controversĂ©s de notre temps. Ou plutĂŽt, nos diffĂ©rentes maniĂšres de nous le reprĂ©senter.

Introduction: les 1001 prophĂštes

« The last prophet » , « l’ultime joyau de la prophĂ©tie » , « le meilleur des hommes en tous points » pour les uns, « manipulateur » et « chef de guerre aux mains baignĂ©es de sang » pour les autres, ou carrĂ©ment « un mythe historique » pour les plus sceptiques. Muhammad ibn Abdallah (du nom par lequel il est dĂ©signĂ© dans les livres qui narrent son histoire) ne laisse personne indiffĂ©rent. Comment cela le pourrait-il ? Plus d’un milliard et demi de personnes le citent chaque jour, et invoquent la bĂ©nĂ©diction de Dieu sur son Ăąme.

Quand une partie de la population le dĂ©signe comme ressource ou mentor lors de ses bonnes actions, d’autres le citent comme rĂ©fĂ©rence pour des actions de violence et de destruction.

Cet article a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© de maniĂšre Ă  ce qu’il puisse ĂȘtre communiquĂ©e au public. Il est fondamental que le processus d’adhĂ©sion ou de rejet soit bien compris afin d’établir un espace de confiance entre les participants de votre rĂ©union, dĂ©bat, animation scolaire, etc.

Imaginez que vous soyez d’obĂ©dience musulmane…

Et que dans votre Ă©ducation et votre apprentissage, vous avez ancrĂ©e dans votre reprĂ©sentation du ProphĂšte, toute une sĂ©rie de valeurs trĂšs importante pour vous. Le genre de valeurs qui vous crispe l’estomac dĂšs qu’elles risquent d’ĂȘtre bafouĂ©es. Exemple de valeurs : justice, honneur, famille (appartenance), amour, etc.

Un jour, lors d’une conversation, une personne s’insurge contre vos propos supposĂ©s apologĂ©tiques (sur l’islam), et pris d’émotion, il lance une sĂ©rie d’invectives et de propos qui bafouent violemment votre reprĂ©sentation de la justice, honneur, famille, amour, etc. Bref, ce que vous avez ancrĂ© comme valeurs dans votre perception du ProphĂšte.

À coup sĂ»r, comme toute personne dont les valeurs sont touchĂ©es (surtout lorsque la justice en fait partie), la situation va vous paraĂźtre insupportable et selon votre tempĂ©rament (et le nombre de cafĂ©s consommĂ©s), vous pourriez avoir une rĂ©action Ă  la hauteur du dommage psychologique subi. Jusqu’ici, vous ne lisez sans doute rien de surprenant. Ce genre d’exemple est souvent citĂ© pour « expliquer » des rĂ©actions (souvent disproportionnĂ©es comme des insultes, des menaces hystĂ©riques, etc.) suivant des actions de caricatures (sur le ProphĂšte), et d’autres provocations en tout genre (surmĂ©diatisĂ©e pour la plupart d’entre elles).

Imaginez que vous ne soyez pas musulman

Dans votre Ă©ducation et/ou votre apprentissage (formation collective ou recherche individuelle) vous avez ancrĂ© le fait que le ProphĂšte (le plus important des musulmans) Ă©tait un individu dont les actions ont bafouĂ© violemment ce qui fait partie des valeurs les plus importantes pour vous.  Le genre de valeurs qui vous crispe l’estomac dĂšs qu’elles risquent d’ĂȘtre prises pour cibles. Exemple de valeurs : justice, authenticitĂ©, libertĂ©, amour, etc.

Un jour, lors d’une conversation, une personne se met Ă  dĂ©fendre ce qui pour vous est le symbole mĂȘme de l’injustice, l’imposture, etc. (l’antinomie de vos propres valeurs). Il y a des chances pour que vous rĂ©agissiez d’une maniĂšre plus ou moins similaire Ă  l’interlocuteur du premier exemple. Et que vous soyez croyant ou non, cela ne devrait aucunement vous surprendre.

Mais vous défendez quoi au juste?

Dans les deux cas, vous devez bien saisir une chose capitale : il ne s’agira ni d’une dĂ©fense du ProphĂšte, ni d’une attaque contre lui. Mais de la dĂ©fense de ce qui reprĂ©sente vos valeurs personnelles. Si vous avez appris que le ProphĂšte Ă©tait le symbole ou la traduction concrĂšte de vos valeurs (justice, famille, amour, courage, etc.), votre comportement identique Ă  celui que vous avez lorsque vos valeurs sont prises pour cible.

Si vous avez appris que le ProphĂšte Ă©tait le symbole ou la traduction mĂȘme de tout ce qui est contraire Ă  vos valeurs (injustice, guerre, lĂąchetĂ© 
) votre comportement sera Ă©galement en consĂ©quence.

Prenez bien le temps de conscientiser ce que vous venez de lire
 Peut-ĂȘtre qu’à ce moment, selon votre croyance, une petite voix vous suggĂ©rera l’une des trois affirmations suivantes :

 En gĂ©nĂ©ral, lorsque ces trois personnes se retrouvent autour d’une mĂȘme table, cela se termine en « clash » interminable. Et pourtant, il en aura fallu de peu dans leur cheminement pour qu’ils finissent par dire exactement la mĂȘme chose. [À condition, bien entendu, que leurs interventions cherchent Ă  satisfaire en prioritĂ© au moins une valeur de justice et d’authenticitĂ©].

Mais qu’est-ce qui fait que chacun d’entre eux est persuadĂ© de tenir la vĂ©ritĂ© et de se battre jusqu’à parfois user de violence (verbale et/ou physique) pour imposer leur croyance ? Peut-ĂȘtre qu’à ce moment-lĂ  une petite voix vous murmure : « Il y a certainement l’un d’entre eux qui dĂ©tient la vĂ©ritĂ© ! Ils ne  peuvent pas dĂ©tenir la vĂ©ritĂ© tous les 3, c’est impossible « ! Alors comment savoir lequel est sur la bonne voie ?

Commençons par la premiÚre affirmation :

La représentation positive du ProphÚte

La reprĂ©sentation positive du ProphĂšte : Imaginons que la reprĂ©sentation positive faite sur le ProphĂšte est une destination. Le dĂ©part qui sera le questionnement sur la nature du ProphĂšte est le point A ; L’arrivĂ©e, le point M.

Le parcours d’adhĂ©sion classique ou traditionnel

Comment est-on arrivé du point A au point M ? Il y a plusieurs chemins qui peuvent amener à se représenter le ProphÚte comme la traduction concrÚte de valeurs positives. Nous allons aborder en premier lieu le cas classique.

 L’environnement de dĂ©part va jouer Ă©normĂ©ment sur le cheminement (mais comme nous le verrons par la suite, il n’est pas toujours certain qu’il amĂšne au point M.) Si A a Ă©tĂ© conditionnĂ© dans son environnement (culturel, spatial, etc.) par l’idĂ©e que Muhammad Ă©tait un ProphĂšte de Dieu par des figures d’autoritĂ© (parents, figure religieuse, amis convaincants par leur nombre et/ou leur charisme
), il aura dĂ©jĂ  pris la route de M.

En fait, dans la plupart de ces cas, il prendra la route la plus courte , et en ligne droite. Ainsi, s’il prend la ligne droite, son questionnement ne sera pas couvert par une valeur d’authenticitĂ© prioritaire, mais plutĂŽt une valeur de sĂ©curitĂ© (ĂȘtre rassurĂ© d’ĂȘtre dans une croyance stable et solide), une valeur de famille (sentiment d’appartenance ),etc.

Dans sa route, il lira des textes et Ă©coutera des discours qui donneront une vision positive du ProphĂšte. L’accumulation de ses reprĂ©sentations positives crĂ©era un ancrage solide, et au fur et Ă  mesure de son chemin, ces valeurs seront assimilĂ©es Ă  l’identitĂ© fictive du ProphĂšte [quand j’écris « fictive », j’entends par lĂ  qu’il s’agit d’une reprĂ©sentation personnelle sur base de ses lectures].

ConcrĂštement, une fois au point M, si vous lui dites que le ProphĂšte a agi d’une certaine maniĂšre qui ne bafoue pas les valeurs qu’il a ancrĂ©es sur sa reprĂ©sentation, il pourrait vous rĂ©pondre avec Ă©tonnement : « Ah bon ? Je ne le savais pas ». S’il est un tantinet curieux ou qu’il a l’idĂ©e d’utiliser cette information par la suite, il pourrait aussi vous demander la source de votre « hadith [1]». Logique


 Maintenant, imaginons que la mĂȘme personne lui dise avoir lu que le ProphĂšte aurait eu un comportement qui Ă  ce moment-lĂ  bafoue les valeurs qu’il a ancrĂ©es sur sa reprĂ©sentation, il vous rĂ©pondra dans la grande majoritĂ© des cas qu’il s’agit d’un mensonge, que votre source provient d’un “orientaliste“ malfaisant ou un islamophobe
et ceci avant mĂȘme de le vĂ©rifier.

Ce qui est important dans ce cadre, ce n’est pas de savoir si la personne a dit vrai ou que sa source est rigoureuse ou fallacieuse, mais la rĂ©action spontanĂ©e de celle qui reçoit le message. Si elle a une valeur de sĂ©curitĂ© trĂšs forte, elle pourrait tenter de tout faire pour vous empĂȘcher de parler.

Dans la plupart des cas, si cela se passe dans une conversion sur internet (forum, rĂ©seaux sociaux, email, etc.), la personne va vous rĂ©pondre, sans mĂȘme vous lire (ou chercher Ă  comprendre votre argumentation), en vous noyant d’autres rĂ©fĂ©rences et textes apologĂ©tiques qu’il n’a parfois pas lus lui-mĂȘme, et peut-ĂȘtre mĂȘme avec en bonus, un nom d’oiseau bien sympathique selon l’intensitĂ© de la blessure psychologique subie.

Et cette rĂ©action qui va tenter de satisfaire une valeur de sĂ©curitĂ© et d’autres valeurs ancrĂ©es sur notre reprĂ©sentation du ProphĂšte est tout Ă  fait normale. Quel que soit le sujet, nous avons tous des valeurs importantes que nous cherchons Ă  satisfaire et protĂ©ger, et parfois par tous les moyens nĂ©cessaires.

Cartographie de la bulle environnementale

Le systÚme de défense

Donc pour rĂ©sumer, si le point A est Ă  l’intĂ©rieur d’une bulle (ou carapace) environnementale, celle-ci va le conditionner Ă  prendre une direction (rapide et en ligne droite) jusqu’au point d’arrivĂ©e M. Le chemin entre A et M sera si court, qu’il n’aura pas le temps de prendre conscience d’autres lectures ou discours opposĂ©s aux siennes. Une fois au point M ses filtres inconscients seront activĂ©s, ce qui se traduira par une lecture et une audition sĂ©lective et filtrĂ©e, et un systĂšme de dĂ©fense dĂšs son arrivĂ©e Ă  destination (M). Nous trouvons dans ce schĂ©ma aussi bien des croyants qui ont lu une montagne d’ouvrages (apologĂ©tiques dans la plupart des cas) nourrissant et satisfaisant leur valeur (d’oĂč le sentiment de bien-ĂȘtre rĂ©el durant ces activitĂ©s), ces valeurs qu’ils ont projetĂ©es et assimilĂ©es dans leur reprĂ©sentation du ProphĂšte ; que des croyants qui se sont contentĂ©s du discours de leurs parents ou figures d’autoritĂ© (imams, prĂ©dicateurs de proximitĂ©, etc.).

Ces derniers ont un systĂšme de dĂ©fense plus stimulĂ© par un critĂšre familial (« Je dois protĂ©ger la religion, tradition de mes parents »), de dignitĂ© (« Personne n’a le droit de critiquer la dignitĂ© des miens en s’en prenant Ă  leur valeur »), d’honneur, etc. Surtout si la critique provient d’un autre groupe que le sien. Et pour un croyant d’origine maghrĂ©bine, s’il s’agit d’un Occidental, cela peut activer un critĂšre de dignitĂ© et d’honneur (« un descendant d’un colonisateur pense pouvoir s’en prendre Ă  notre identitĂ© ?![Distorsion entre valeur, croyance et identitĂ©] »).

Une personne peut agir avec justice dans un contexte particulier et ne pas l’ĂȘtre dans un autre. Ceci Ă©tant irrecevable concernant le ProphĂšte (cela remettrait en question la fondation, pilier mĂȘme de tout le systĂšme de croyances qui constitue la foi islamique). Il sera donc indispensable de faire du ProphĂšte non pas un homme qui satisfait des valeurs, mais qui en est la parfaite reprĂ©sentation humaine. Dans cette configuration, le ProphĂšte devient donc un ensemble de valeurs : « le ProphĂšte n’a pas seulement agi avec courage, il EST le COURAGE Â» ; « Le ProphĂšte n’a pas seulement agi avec misĂ©ricorde, il EST la MISÉRICORDE Â» ; « Le ProphĂšte n’a pas seulement Ă©tĂ© juste, il EST la JUSTICE Â».

Et c’est aussi la raison pour laquelle vous pouvez trouver des personnes n’ayant pas rĂ©ellement de connaissances sur l’histoire du ProphĂšte se mettre Ă  manifester leur colĂšre, et ceci de maniĂšre parfois trĂšs brutale, dĂšs qu’ils sentent ou entendent qu’une personne aurait offensĂ© le ProphĂšte. À ce stade, vous devez avoir compris que ce n’est pas leur ProphĂšte qu’on a offensĂ©, mais leurs propres valeurs (d’oĂč le putsch Ă©motionnel qui s’en suit).

Le parcours d’adhĂ©sion non traditionnel

Imaginons cette fois que la personne n’est pas issue d’un environnement pouvant la conditionner Ă  ancrer une reprĂ©sentation positive du ProphĂšte.

Dans la plupart des cas, la personne se posera d’abord la question de l’Islam. Si dans son cheminement, elle finit par intĂ©grer ses concepts et y adhĂ©rer, elle entrera dans la bulle environnementale qui ancrera la reprĂ©sentation positive du prophĂšte.

Le parcours d’adhĂ©sion d’un non musulman

Prenons cette fois le cas d’une personne qui n’intĂ©grera pas la bulle environnementale : un non-musulman qui a une reprĂ©sentation positive du prophĂšte.

Pour se faire une idĂ©e, la personne peut se mettre Ă  faire des recherches approfondies, ou si le sujet l’intĂ©resse, sur un critĂšre « autre » que l’authenticitĂ©, elle pourrait se contenter d’articles ou d’ouvrages contemporains (ex. : rĂ©cits biographiques Ă©crits par des islamologues). Donc, soit elle va se contenter de textes apologĂ©tiques, ou au contraire aller plus loin et lire un peu de tout (allant des textes critiques aux pamphlets). La plupart des ouvrages musulmans faisant mention du ProphĂšte dĂ©butent par le postulat de base qu’il s’agit d’un modĂšle pour l’humanitĂ©. Il est donc Ă©vident que tout le parcours ne sera qu’une liste d’actions positives.

Lorsque ce n’est pas le cas, par exemple, lorsqu’il s’agit d’une traduction d’anciens textes dont les significations concrĂštes des valeurs ne sont pas en adĂ©quation avec celles de l’environnement du lecteur, vous pourriez avoir soit une lĂ©gĂšre omission de ces passages (de crainte que le non-musulman ait une image erronĂ©e du ProphĂšte), soit lorsque ces passages sont relatĂ©s, vous trouverez en commentaire une explication rationnelle mettant en avant le contexte particulier de la situation (guerres, dĂ©fenses, etc.).

La récolte des valeurs et le tri

Ainsi, le lecteur aura une sĂ©rie d’actions concrĂštes du ProphĂšte qu’il identifiera (consciemment ou inconsciemment) Ă  ses valeurs. Selon les sources et les ouvrages parcourus, la liste des actions pourrait ĂȘtre constituĂ©e de comportements identifiĂ©s comme valeureux ou au contraire injustes. Ce faisant, Ă  partir de ces donnĂ©es, le lecteur va se façonner une reprĂ©sentation du ProphĂšte : « Avec tout ça, qui est-il ? ». Et c’est lĂ  qu’un filtre cognitif va traiter ces donnĂ©es rĂ©coltĂ©es afin de façonner une identitĂ© cohĂ©rente. Comme il s’agit ici d’une reprĂ©sentation positive du ProphĂšte, les filtres s’appuieront sur des critĂšres de :

– Bienveillance : cela se traduira concrĂštement par une volontĂ© d’ĂȘtre attentionnĂ©, gentil et bienveillant envers des personnes d’une autre croyance, d’une autre communautĂ©.

– Coexistence : le fait de vouloir vivre dans un mĂȘme ensemble avec des personnes d’un autre groupe avec tolĂ©rance et convivialitĂ©.

– RĂ©ciprocitĂ© : un groupe de personnes respecte mes croyances et je leur rends bien en respectant les siennes.

– SuccĂšs : avoir une vision et un discours positif envers un groupe de 18 personnes facilitant la rĂ©ussite de mes projets. (La liste n’est certainement pas exhaustive).

La représentation négative du ProphÚte

 Nous allons faire abstraction des prĂ©jugĂ©s et des clichĂ©s racistes vĂ©hiculĂ©s dont la source n’est que croyances populaires ou discours politiciens et purement dĂ©magogiques. Une personne ayant un rapport conflictuel avec des Arabes et/ou des musulmans (quel que soit leur groupe ethnique) peut faire toute une sĂ©rie de projections sur celui qu’ils vĂ©nĂšrent, sans avoir fait une quelconque recherche. Cette catĂ©gorie de personne dont la portĂ©e est largement insignifiante n’est pas prise en compte dans notre dĂ©codage de stratĂ©gie.

vous aurez toute une sĂ©rie de personnes, qui, aprĂšs avoir fait des recherches sur le ProphĂšte, aura une reprĂ©sentation nĂ©gative de celui-ci, et cela sans ĂȘtre portĂ© par la mauvaise foi. « Impossible ! » diront certains (les personnes Ă  l’intĂ©rieur de la bulle environnementale), « irresponsable ! » diront d’autres (voir le cas prĂ©cĂ©dent).

Cette partie est trĂšs importante, et j’invite tous les croyants Ă  bien y prĂȘter attention. Mais, Ă©galement, tous ceux qui militent contre ce qui est appelĂ© « islamophobie » ; et donc tous ceux qui, dans la sincĂ©ritĂ©, cherchent des solutions et des stratĂ©gies efficaces, non pas pour augmenter en nombre d’adhĂ©rents et en influence, mais pour espĂ©rer atteindre une saine comprĂ©hension des uns et des autres, Ă©pargnĂ©e des idĂ©ologies qui poussent inexorablement au conflit.

Cette fois-ci, Ă©galement, nous avons le cas des personnes issues d’une bulle environnementale, mais Ă©galement de celles qui n’en sont pas issues.

L’Ă©tiquette « apostat »

Le premier cas rassemble ceux que l’orthodoxie nommera « apostats ». MĂȘme si, cette Ă©tiquette de la damnation, semblable au herem juif ( la condamnation Ă  mort en moins ?), ne se limite pas aux personnes ayant une reprĂ©sentation nĂ©gative du ProphĂšte, mais toute personne (donc musulmane comprise) portant un avis ou une idĂ©e supposĂ©e « dangereuse » ou assez iconoclaste pour dĂ©fier la conception religieuse de l’orthodoxie.

 Je ne m’attarderai pas sur le cas de ces personnes, car j’imagine assez bien qu’une fois que les processus de stratĂ©gies cognitives dĂ©veloppĂ©es sur ce thĂšme seront compris, le lecteur de cet article n’aura pas de mal Ă  concevoir la maniĂšre dont les personnes ayant apostasiĂ© ont su briser la bulle environnementale, et adopter ainsi une idĂ©e qui, s’ils Ă©taient restĂ©s dans cette bulle, aurait pu les conduire Ă  de sĂ©vĂšres tensions psychologiques dont je vous laisse imaginer les consĂ©quences.

Le parcours de non adhésion

Le deuxiĂšme cas prĂ©sente les personnes n’ayant pas intĂ©grĂ© une bulle environnementale. Disons des personnes non musulmanes et sans prĂ©supposĂ© idĂ©ologique les ayant conditionnĂ©s Ă  partir d’une dĂ©duction de base (le ProphĂšte/l’Islam est le mal ; le ProphĂšte/l’Islam est le bien) pour ne filtrer (inconsciemment) que les informations confirmant leur croyance. Dans la plupart des cas, la personne se posera d’abord la question de l’Islam, mais elle peut aussi se poser la question de l’identitĂ© du ProphĂšte afin de cerner et de comprendre le cadre et les enjeux de cette religion.

Le processus peut ĂȘtre similaire Ă  celui que nous avons traitĂ© prĂ©cĂ©demment (les non-musulmans ayant une reprĂ©sentation positive du ProphĂšte). Toutefois, la grande diffĂ©rence portera sur les critĂšres des filtres cognitifs qui tamiseront les rĂ©coltes d’informations (lourdes en contenu ou lĂ©gĂšres) qui constitueront en dernier lieu la reprĂ©sentation mentale de la personnalitĂ© du ProphĂšte. Et c’est malheureusement lĂ  que le bĂąt blesse
 Un critĂšre d’authenticitĂ© qui se baserait sur les sources musulmanes de l’orthodoxie peut trĂšs rapidement donner du poids Ă  une reprĂ©sentation nĂ©gative du ProphĂšte. Et cela pour des raisons que nous allons commenter aprĂšs les avoir citĂ©es :

1. La premiĂšre biographie « officielle » du ProphĂšte : faisant office de source pour les biographies qui ont suivi, et considĂ©rĂ©e pendant un certain temps comme la mĂšre des « sira » (rĂ©cits biographiques du ProphĂšte).

2. Le comportement d’une partie des croyants pouvant ĂȘtre perçu comme schizophrĂšne [conditionnĂ© par les leaders et les propagateurs d’une vision de l’Islam dite « authentique » (sic)].

3. Une stratégie de réforme usant de la censure et de la contorsion théologique.

La premiĂšre biographie officielle du ProphĂšte aurait Ă©tĂ© Ă©crite par un certain Ibn Ishaq (VIIIe SiĂšcle) dont l’essentiel aurait Ă©tĂ© retranscrit et adaptĂ© par Ibn Hicham (IXe SiĂšcle). Ces rĂ©cits dĂ©crivent des comportements qui s’opposent Ă  toute une sĂ©rie de valeurs puissantes, qui, dĂšs lors, peuvent heurter toute personne prenant ces sources au sĂ©rieux avec une grille de lecture anachronique. C’est-Ă -dire qu’ils vont comparer des comportements du VIe siĂšcle avec ceux qu’ils vont associer Ă  des musulmans contemporains [de la mĂȘme maniĂšre que le font les littĂ©ralistes, et tous ceux qui prennent pour immuable la jurisprudence [de savants musulmans anciens dont la figure d’autoritĂ© est Ă©rigĂ©e comme pilier] issue de ces actions.

Certains pourraient ĂȘtre tentĂ©s de se demander comment on vĂ©rifie un type de rĂ©cit remaniĂ© et Ă©crit plus d’un siĂšcle aprĂšs le vĂ©cu du ProphĂšte, mais surtout dans une Ă©poque et un environnement oĂč rĂ©gnait un pouvoir totalitaire [et impitoyable sur tout ce qui pouvait ĂȘtre perçu comme contraire Ă  l’idĂ©ologie religieuse et politique du califat].

Le ProphĂšte n’a jamais laissĂ© d’écrit, ou quoi que ce soit d’autre, qui puisse nous permettre de comparer ce qui se dit de lui et ce qui a rĂ©ellement Ă©tĂ©. Tout ce qui est rapportĂ© de sa personne est, Ă  l’instar des Ă©vangiles pour JĂ©sus, une reprĂ©sentation qu’en ont faite des personnes qui ne l’ont pas cĂŽtoyĂ© de son vĂ©cu. Cela aurait Ă©tĂ© diffĂ©rent si de grandes personnalitĂ©s ayant approchĂ© le ProphĂšte (les compagnons) avaient eu l’idĂ©e de laisser des rĂ©cits Ă©crits de leurs aventures et leurs Ă©tats d’ñme. (Ă  noter qu’il est rapportĂ© dans les sources orthodoxes que le ProphĂšte aurait interdit Ă  quiconque de retranscrire ses paroles).

Le biais des réformistes: la source initiale

Cela aurait pu ĂȘtre une explication qui aurait pu suffire Ă  recadrer toute discussion faisant du ProphĂšte une personnalitĂ© « dangereuse », voire un mentor pour tous les terroristes se battant en son nom
si ce n’est que de nombreuses biographies plus contemporaines se sont basĂ©es sur le texte de Ibn Icham (ainsi que les rĂ©cits rapportĂ©s par des chroniqueurs prestigieux tels que Tabari et bien d’autres) et ont Ă©tĂ© Ă©ditĂ©es et vendues dans toutes (ou du moins la plupart) les librairies islamiques comme « rĂ©fĂ©rences ». Alors si ces biographies rĂ©adaptĂ©es Ă  notre Ă©poque (par des islamologues contemporains) donnent une reprĂ©sentation positive de la vie du ProphĂšte, il n’en demeure pas moins qu’elles prennent leur source dans des biographies plus anciennes qui en donnent une toute autre vision.

De nombreux musulmans, pour ne pas dire la grande majoritĂ©, se limitent Ă  ces lectures contemporaines (soit pour la facilitĂ© de la langue, soit par facilitĂ© d’accĂšs). Et n’ont donc pas conscience de ce que les sources plus anciennes relatent. Ce qui fait que si un non-musulman se base sur ces ouvrages et, par une mĂ©thodologie de recherche scientifique, va puiser aux sources, il y a de grandes chances qu’il soit choquĂ© par le contenu.

Et c’est ce qui se passe lorsqu’un non-musulman rapporte des choses nĂ©gatives du ProphĂšte [non pas forcĂ©ment par mĂ©chancetĂ© gratuite, mais parce qu’il est touchĂ© d’une maniĂšre ou d’une autre par une sĂ©rie d’actions qu’il perçoit comme injustes], des musulmans croient qu’ils sont en train d’insulter leur ProphĂšte (ou plutĂŽt la reprĂ©sentation de leur propre valeur personnelle).

 Non, ils (non Musulmans) ne font que relater ce qui est indiquĂ© dans des sources qu’eux-mĂȘmes (les musulmans) dĂ©fendent par un systĂšme de dĂ©fense [conditionnĂ© par leurs savants, prĂ©dicateurs et imams] sans mĂȘme en ĂȘtre conscients. Et ce grand malentendu est d’autant plus ironique que des non-musulmans deviennent «musulmanophobes » parce qu’ils deviennent persuadĂ©s que les musulmans savent ce qui est indiquĂ© dans les sources premiĂšres et qu’ils prennent ces rĂ©cits comme modĂšles sur base du postulat que le ProphĂšte serait un modĂšle pour l’humanitĂ©.

Effectivement, dans la croyance musulmane, le Prophùte est un modùle pour le monde. Tout comme l’est chaque Prophùte d’une religion pour ses fidùles. Le concept est clair, mais le contenu concret l’est beaucoup moins


Qui est le modÚle? le ProphÚte ou les « savants »?

Car en rĂ©alitĂ©, vous l’aurez compris, ce sont plutĂŽt les travaux des thĂ©ologiens du passĂ© et les commandements des califes qui sont devenus « thĂ©oriquement » (la nuance est importante) un modĂšle pour les musulmans de leur Ă©poque, puis une rĂ©fĂ©rence pour toute une sĂ©rie  de prĂ©dicateurs et de savants littĂ©ralistes, ou faisant tout simplement partie de l’orthodoxie.

Ce qui peut parfois s’apparenter Ă  une sorte de schizophrĂ©nie comportementale de certains croyants qui dĂ©fendent des rĂ©cits dĂ©crivant le ProphĂšte de maniĂšre nĂ©gative n’est pas uniquement le fruit de l’ignorance. Elle est aussi la cause d’une contorsion thĂ©ologique et de justification parfois aberrante qui va tenter de donner du crĂ©dit aux rĂ©cits primitifs au lieu d’activer une dĂ©marche critique (c’est-Ă -dire non pas de critiquer l’action du ProphĂšte, mais la source de sa retranscription et le cadre d’authenticitĂ© de celle-ci ).

Anecdote d’un chasseur de Monstre de confession musulmane (1): mise en situation rĂ©elle

Un jour, pendant que je discutais au sujet d’un documentaire sur le personnage de Jeanne d’Arc avec des personnes rencontrĂ©es dans une librairie, le sujet s’orienta sur le thĂšme des religions. Une femme m’interpella en me partageant son incapacitĂ©, malgrĂ© ses efforts, Ă  aimer le ProphĂšte Muhammad. Je lui demandai, avec un sourire, la raison pour laquelle elle se forçait, n’étant pas musulmane.

Elle n’était pas, selon moi, obligĂ©e d’aimer qui que ce soit du monde de l’Islam. Surprise de ma rĂ©ponse, elle se tut un instant, ne sachant quoi me dire. Puis elle se sentit obligĂ©e de m’en expliquer la raison. Elle avait lu dans un ouvrage destinĂ© aux lecteurs musulmans que le ProphĂšte aurait fait Ă©carteler une vieille femme [Oum Kerfa] jusqu’à ce qu’elle soit coupĂ©e en deux parce qu’elle l’aurait insultĂ© ou mis en danger de par son influence. Puis, avant mĂȘme que je puisse m’exprimer, elle ajouta d’autres exactions tout aussi violentes et qui auraient Ă©tĂ© en conflit avec les valeurs de justice, d’amour, d’empathie et de compassion de n’importe quel individu prĂ©servĂ© du fanatisme et conscient de ce que reprĂ©senteraient concrĂštement ces actions.

Je ne fus pas Ă©tonnĂ© de ces rĂ©cits, car je les connaissais. Ce que je lui rĂ©pondis la surprit d’autant plus que je m’exprimais de maniĂšre sincĂšre (et cela se sent trĂšs vite) :  Â« Vous savez, je suis rassurĂ© que de telles horreurs vous choquent ! Et cela dĂ©montre que vous ĂȘtes vraisemblablement quelqu’un de bien et qui porte une attention particuliĂšre Ă  la justice. Si comme vous, je lisais qu’un homme, quelle que soit l’époque, avait fait le mal que vous dĂ©crivez, j’aurais du mal Ă  le trouver sympathique
sans pour autant faire de l’anachronisme ». Je voyais sur son visage que ma rĂ©ponse la rassura Ă©galement, et elle s’excusa en me disant qu’elle avait pensĂ© que j’étais musulman. « Vous ne vous ĂȘtes pas trompĂ©e, je suis musulman. »

Avant qu’elle fasse une rupture d’anĂ©vrisme, je lui expliquai avec le mĂȘme calme, que je ne croyais pas en la vĂ©racitĂ© de ces rĂ©cits sur base de toute une sĂ©rie de paramĂštres. Elle tenta de me convaincre que ces rĂ©cits ne pouvaient ĂȘtre qu’authentiques, car ils seraient basĂ©s sur des livres musulmans anciens, et que jusqu’ici, ils ont toujours Ă©tĂ© dĂ©fendus bec et ongle par l’orthodoxie islamique (ce qui n’est pas faux).

Cette situation cocasse me fit presque rire, car elle agissait comme toute une frange de la communautĂ© musulmane qui aurait rĂ©agi comme elle, non pas pour m’expliquer que le ProphĂšte aurait Ă©tĂ© une mauvaise personne, mais pour m’affirmer que ces sources sont authentiques.

Ces mĂȘmes personnes qui auraient peut-ĂȘtre attaquĂ© cette femme pour propos islamophobes si, pris de colĂšre pour des critĂšres de justice bafouĂ©e, elle s’était montrĂ©e plus virulente, dĂ©sespĂ©rĂ©e que des gens dĂ©fendent quelqu’un qu’elle pense avec sincĂ©ritĂ© ĂȘtre un symbole du mal. Quelle ironie
 !

Pour terminer, nous avons conversĂ© de maniĂšre courtoise et l’échange fut au final assez agrĂ©able. Le sujet n’était plus le ProphĂšte, car au fond, je lui fis comprendre que ce qui m’intĂ©ressait n’était pas de la convaincre de ma vision du personnage, mais que nous soyons d’accord sur la maniĂšre dont nous nous reprĂ©sentons des valeurs telles que celles de la justice (qui Ă©tait visiblement trĂšs important pour elle) Ă  notre Ă©poque.

 L’anecdote suivante, par contre, est une fiction inspirĂ©e d’un fait rĂ©el, et elle se termine assez mal.

Anecdote d’un Chasseur de Monstre de confession musulmane (2): une dĂ©fense chaotique

 Durant une courte pause qui interrompait une formation matinale, une personne aborda l’histoire du mariage d’une des Ă©pouses du ProphĂšte. La tradition rapporte qu’elle aurait Ă©tĂ© mariĂ©e Ă  six ans, et que le ProphĂšte aurait eu une relation sexuelle 3 ans aprĂšs. [Je crois  que l’effet dĂ©clencheur de ce sujet hors cadre de la formation Ă©tait dĂ» Ă  un documentaire qui fut diffusĂ© sur les rĂ©seaux sociaux]. On me demanda mon avis, et avant que je puisse rĂ©pondre des coreligionnaires le firent Ă  ma place. Et ce fut le drame


Pour attĂ©nuer la frustration de cette histoire, je vous la communique de maniĂšre un peu plus originale. Les coreligionnaires ont rĂ©pondu Ă  peu prĂšs ceci (en chƓur) :

Il s’agit, malheureusement, de diffĂ©rents modes de pensĂ©e partagĂ©s par bon nombre de prĂ©dicateurs ou de « savants » musulmans faisant office de rĂ©fĂ©rences.  

Le(s) comportement(s) qui décrédibilise la volonté de changement

Revenons au processus induisant une reprĂ©sentation nĂ©gative du ProphĂšte. Certes, s’il existe des musulmans et islamologues qui ont rĂ©futĂ© l’authenticitĂ© de ces biographies (certains ont Ă©tĂ© jusqu’à prĂ©senter la personnalitĂ© de Ibn Ishaq comme non fiable, ou malhonnĂȘte), ces critiques sont tellement peu relayĂ©es et certaines ne font surface que depuis la mise Ă  l’index de ces rĂ©cits par des non-musulmans vindicatifs au sujet de l’Islam (de plus en plus prĂ©sent mĂ©diatiquement), que ces rĂ©futations peuvent donner l’impression qu’elles ne sont qu’une tentative de redorer le blason d’une religion dont les rĂ©fĂ©rences douteuses n’ont pas Ă©tĂ© critiquĂ©es en temps et en heure par les musulmans eux-mĂȘmes (s’agissant ici de ceux qui n’ont pas Ă©tĂ© marginalisĂ©s par l’orthodoxie).

Chose bien entendu fausse, dans les pays musulmans, des musulmans ont Ă©mis des critiques parfois mĂȘmes lĂ©gĂšres, mais elles en ont payĂ©s le prix de l’excommunions, et parfois mĂȘme pour certaines, une mise Ă  mort alors mĂȘme qu’elles ne rejetaient pas les piliers de la foi musulmane, au contraire ! Toute cette configuration va donner du poids aux reprĂ©sentations nĂ©gatives du ProphĂšte dans l’inconscient des lecteurs non musulmans (ou des musulmans dont la bulle environnementale est fragile) malgrĂ© toute autre source apologĂ©tique ou critique.

D’ailleurs, les extrĂ©mistes n’ont-ils pas cette vision du ProphĂšte ? Sauf qu’ils n’ont pas les mĂȘmes reprĂ©sentations du bien ou du mal (surtout que dans leur grille de lecture, l’Occident et tout ce qui n’est pas en lien avec l’Islam, auraient tendance Ă  inverser les valeurs).

Les extrémistes modélisent la matérialisation de leurs valeurs par ce qui est dit du ProphÚte (que ce soit bon ou mauvais). Pour façonner un ancrage sur le profil du ProphÚte, un ou plusieurs filtres cognitifs vont tamiser les données récoltées :

– AuthenticitĂ© : il ne s’agit pas d’une mĂ©thode rigoureuse ou objective, mais de la satisfaction d’une valeur d’authenticitĂ© en se rĂ©fĂ©rant aux sources primitives reconnues comme « authentiques » (Ă  tort ou Ă  raison) selon l’orthodoxie islamique.

– Justice : rendre justice Ă  ceux qui auraient Ă©tĂ© maltraitĂ©s ou victimes d’injustice selon les textes.

– Compassion : dans le mĂȘme ordre d’idĂ©e que Justice.

– SuccĂšs : avoir une lecture orientĂ©e sur une grille qui serait plus avantageuse de suivre pour des intĂ©rĂȘts personnels (rĂ©seau, clients et public potentiels, etc.). (La liste n’est certainement pas exhaustive).

 Avant de conclure, nous allons terminer par la troisiĂšme affirmation. Pour reprendre une cĂ©lĂšbre mĂ©taphore : si cet article Ă©tait une maison, elle serait la derniĂšre brique.

La reprĂ©sentation sceptique du ProphĂšte : « Il n’a jamais existĂ© ».

Une croyance de plus en plus partagĂ©e assure que le ProphĂšte n’aurait jamais existĂ©. Elle se baserait sur l’impossibilitĂ© de pouvoir se rĂ©fĂ©rer Ă  100 % aux outils de recherche scientifique pour s’assurer, soit de l’existence concrĂšte du personnage, soit de prouver qu’il ait eu la vie et le parcours qui lui est attribuĂ©.

En rĂ©alitĂ©, il s’agit d’une extrapolation d’une vĂ©ritĂ© qui, elle, ne saurait ĂȘtre remise en cause : il ne sera jamais possible d’affirmer scientifiquement l’existence du ProphĂšte. Comme il ne sera jamais possible de prouver le contraire. Bref, on ne peut rien prouver du tout. Pour rĂ©sumer, si on ne peut, et on ne pourra, jamais affirmer que l’existence du ProphĂšte peut se prouver, il est Ă©galement erronĂ© de vouloir prouver qu’il n’a jamais existĂ©.

Peut-ĂȘtre que dans un millĂ©naire, nos archives administratives auront Ă©tĂ© perdues (bug de l’an trois mille ?), et rien ne pourra prouver scientifiquement que vous et moi, n’ayons rĂ©ellement existĂ©. Aucune trace n’aura Ă©tĂ© gardĂ©e ou ne sera suffisamment pertinente pour ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme preuve irrĂ©futable. Et alors ? Cela voudrait-il dire que nous n’ayons jamais rĂ©ellement existĂ© ? Bien sĂ»r que non ; par contre ce qu’on dira de nous, ça
ça reste une autre histoire, n’est-ce pas ?

Alors certes, il existe des personnes spĂ©cialisĂ©es dans la recherche qui passent la moitiĂ© de leur vie Ă  chercher, fouiner, Ă©tudier des annĂ©es et des annĂ©es d’études rigoureuses et passionnĂ©es. Leur « vĂ©ritĂ© » n’est et ne sera jamais qu’une vĂ©ritĂ© parmi dans d’autres. Et si leur vĂ©ritĂ©, ou plutĂŽt leur « conviction » fondĂ©e sur base de leur Ă©tude sans fin, ne passe jamais le stade d’une croyance, voire d’une hypothĂšse (certes solide et pertinente).

Soyons honnĂȘtes, trĂšs peu de rĂ©els chercheurs parmi nous

Que dire du citoyen lambda qui est majoritairement composĂ© de personnes qui ne font pas autant de dĂ©marches scientifiques et rigoureuses lorsqu’elles s’intĂ©ressent Ă  un sujet en particulier ? Combien de fois voyons-nous des dĂ©bats passionnĂ©s oĂč les uns et les autres cherchent Ă  prouver leur vĂ©ritĂ© sur base de documents qui ne leur appartiennent en rien. Des livres, des rĂ©fĂ©rences, des analyses
 Ils oublient parfois qu’ils n’en sont que les lecteurs, et quoi qu’ils assimilent de thĂ©ories et d’hypothĂšses, elles ne sont pas et elles ne seront jamais les leurs. Cela vous choque ?

Et pourtant, si vous rĂ©flĂ©chissez sĂ©rieusement Ă  la chose cela ne devrait pas. L’existence du ProphĂšte (reprĂ©sentation positive) comme de Dieu Ă©mane de la foi. Comme nous l’avons vu prĂ©cĂ©demment, cette croyance est issue d’un processus ; Ă  partir du moment oĂč vous adhĂ©rez Ă  un systĂšme de croyances, vous aurez des piliers sur lesquels reposera votre foi. Si un pilier s’effrite, c’est tout le temple de votre foi qui risque de s’effondrer.

C’est aussi la raison pour laquelle, n’étant pas Ă  l’intĂ©rieur d’une bulle environnementale, ou soumise Ă  un systĂšme de croyances fondamental, ceux qui ont une reprĂ©sentation nĂ©gative du ProphĂšte sont en gĂ©nĂ©ral rarement en dĂ©saccord avec l’idĂ©e que celui-ci n’existerait pas, ou qu’il serait totalement diffĂ©rent de ce que l’Histoire officielle aurait retenu. Sauf si la reprĂ©sentation nĂ©gative du ProphĂšte le prĂ©sentait comme le symbole du mal (dĂ©mon, antĂ©christ) sur base d’un autre systĂšme de croyances faisant Ă©galement appel Ă  la foi.

Conclusion : Qui a raison ?

Ceux qui en pensent du bien, ceux qui en pensent du mal
ou ceux qui pensent qu’il est trĂšs peu probable que le personnage ait existĂ© ?

Si vous attendez une rĂ©ponse qui vous dira oĂč est la vĂ©ritĂ©, alors vous devriez relire cet Ă©noncĂ©, car un principe fondamental vous aura glissĂ© entre les mains : Comprenez bien une chose→ vous ne dĂ©fendez ou combattez qu’une image, une reprĂ©sentation ancrĂ©e d’un personnage que vous aurez construite dans votre cheminement.

L’importance n’est pas d’essayer d’avoir raison sur les autres, mais de comprendre le processus par lequel ils sont passĂ©s pour adopter leur vision des choses. Et lĂ , peut-ĂȘtre, comprendrez-vous qu’au fond, la plupart d’entre eux peuvent parfois dĂ©fendre le mĂȘme critĂšre (valeur) de justice, d’authenticitĂ©, et d’autres valeurs tout aussi nobles que les vĂŽtres.

Oui, la maniĂšre dont ils traduisent concrĂštement ces mĂȘmes valeurs peuvent ĂȘtre diffĂ©rentes, et parfois ils arrivent Ă©galement, qu’ils satisfassent une tout autre valeur (tout aussi positive) pour laquelle ils pensaient militer au dĂ©part. Alors si nous cessions les dĂ©bats futiles, et que nous nous concentrions sur ce qui nous mobilise rĂ©ellement.

La vrai question Ă  se poser…

DerriĂšre les symboles positifs, nĂ©gatifs ou inexistants, quelle est la signification concrĂšte des valeurs pour lesquelles aujourd’hui vous dĂ©sirez lutter ? Chacun Ă  son ProphĂšte et son symbole, mais en dehors des autos suggestions et des conditionnements religieux ou antireligieux, qui sait la vraie raison pour laquelle il le dĂ©fend ? Maintenant, vous avez une bonne piste pour faire la dĂ©couverte par vous-mĂȘme


[1] Une parole et action attribuée au ProphÚte Muhammad.

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