Cobra Kaï , quand le passé te met KO!

Voici l’illustration de ce que les démons du passé peuvent occasionner sur une personne. Comment se relever lorsque la vie te met ko??

Si la nostalgie est à la mode depuis quelques années, la série (phénomène aux USA) COBRA KAï reprend les codes du succès et nous ramène 30 ans en arrière, lorsque le développement personnel se faisait à coups de kata japonais !

La série se situe 30 ans après la trilogie des films : Karate Kid (1984).
Pour rappel : Daniel Larusso, jeune lycéen, débarque dans une nouvelle école, et devient très vite la victime d’une bande de racailles, dont le leader est la caricature du « bad boy » narcissique (avec en prime une ceinture noire de karaté). Prise en main par un mystérieux sage japonais, qui se révélera être un pratiquant du Karaté « originel » (qui se voudrait forcément meilleur et plus « pure » que sa version occidentale), il relèvera tous les obstacles pour atteindre le succès: gagner le championnat de son village et pécho la plus belle fille du lycée (qui se trouvait être, également, la petite copine du bad boy).

Dans Cobra Kaï, le bad boy (du premier film) est le personnage principal. Ce qui le rend particulièrement intéressant, c’est que l’ancien mauvais garçon parcourt le chemin initiatique du héros à sa manière. C’est comme si cet ancien méchant de film culte reprenait sa revanche sur la vie (et son éternelle étiquette de perdant). Et quand le héros (ou plutôt anti héros),  Johnny Lawrence, raconte sa version de l’histoire, on pourrait même inverser les rôles de la victime et du bourreau entre lui et Daniel Larusso.

Nous allons aborder les monstres illustrés dans cette fiction[1].

Les Monstres du passé

Johnny, le héros de la série Cobra Kaï, doit faire face à ses propres démons. Figée dans le passé, la blessure narcissique due à sa débâcle au championnat de karaté va le conduire à une succession d’échecs et de frustrations, principaux ingrédients de son auto-destruction.

Comme nous l’avons vu dans l’article « le   Monstre CESTROTARD », avoir une orientation focalisée sur son passé peut être une source de profond mal-être.

Pas très loin  se niche le Monstre EGO ;  centré sur sa propre perception de la réalité, il acceptera difficilement qu’une autre entité accapare son attention.

Les deux Monstres continuant d’alimenter les croyances qu’il ne peut plus rien faire, l’autre lui rappelant à quel point il a du potentiel, se combinent pour lui mener la vie dure. Pour tenter de gérer cette boule au ventre et autre effet psychosomatique de ses Monstres, il se laissera tenter par des alternatives comme l’alcool et d’autres addictions. Le cycle de l’auto-destruction est enclenché.

Comment va-t-il en sortir ?

Ressource principale : prise de conscience de son talent

Johnny est persuadé d’être quelqu’un de fort et que ses principes sont le dernier rempart contre le déclin de la société (lui, c’est sûr, il ne vote pas démocrate). Même si la suite de la série semble démontrer une certaine sensibilité sous sa carapace de gros bras endurcis, il croit, au fond, savoir  ce qui est bon non seulement pour lui, mais aussi pour ses élèves.

Sa croyance : « Le monde est sans pitié. Si on ne s’endurcit pas physiquement et mentalement, on ne survivra pas. »

Persuadé que la génération actuelle n’a pas été suffisamment préparée à affronter la dureté de la vie, il se donnera comme mission d’en faire des soldats. Sa méthode de développement personnel pourrait se résumer à :

  1. Mange de la viande (en langage Cobra Kaï: »les végétariens nourris au soja n’ont pas de muscles« )
  2. No pain No gain (en langage Cobra Kaï: « pour réussir dans la vie, il faut croître ! Pour croître, il faut savoir dépasser ses limites. Pour dépasser ses limites, il faut souffrir »).
  3. La sagesse du monde se trouve dans le passé (en langage de Cobra Kaï: « le présent est fait de lopettes! »)

La confiance en « moi »

la confiance et la vénération que lui porte un jeune innocent vont être le premier boosteur de sa motivation à se reprendre en main.

Le Monstre « CESTROPTARD » s’est nourri longtemps de ses échecs, et de son incapacité à se dissocier de son passé (ou du moins de la perception qu’il en a). Difficile de se projeter sur du long terme, lorsqu’on n’a pas le sentiment d’avoir évolué depuis 30 ans. Le Monstre en lui est énorme et n’a pas l’intention de déménager.

Néanmoins, ce Monstre est allergique à l’estime de soi. Les deux ne font pas bon ménage ensemble. Dès lors qu’un jeune adolescent naïf et innocent, incarné par le personnage de Miguel, voit en Johnny, un mentor, il se passe quelque chose de puissant dans son « mindset »:

Les jeunes ont tendance à percevoir chez les adultes, cibles du Monstre CESTROPTARD, tous les signes du looser. Ils peuvent se montrer très méprisants envers eux, comme si s’en rapprocher, un tant soit peu, risquait de les contaminer un jour. « Comment ce mec a pu autant rater sa vie. Moi j’ai encore toute ma vie devant moi ; il n’y a aucune chance pour que je finisse comme lui: un looser! » Le Monstre adore ça ! Il s’en régale à chaque confrontation, car elle rajoute du poids à la croyance de sa victime : « Tu es un échec aux yeux de tous ! C’est trop tard pour toi ! ».

Or là, c’est tout le contraire ! Le jeune Miguel ne voit pas du tout le signe de l’échec chez Johnny. Après une démonstration de force où celui-ci le sauve d’une bande de voyous, il le vénérera comme un modèle à suivre.  Néanmoins, si cela va alimenter l’un des principaux facteurs de motivation et de confiance chez le héros, cette motivation dépendra dorénavant de cette association : « Si Miguel a confiance en moi, je peux me faire confiance ».

L’esprit de compétition : la dualité entre lui et son principal rival (Daniel Larusso).

Le rival de Johnny, Daniel Larusso, l’a battu lors d’un championnat de karaté. Cela va lui causer une blessure narcissique dont il ne se remettra pas (même après 30 ans !).

Cela peut paraitre abusé aux premiers abords.

«On peut vraiment rater sa vie à  17 ans à cause d’un petit championnat qui a lieu tous les ans?! »

Cependant, cette blessure a sévèrement touché ses croyances fondamentales sur lesquelles s’est reposé non seulement son identité, mais aussi sa vision de la vie.

Exemple :

Vision de la vie : « Dieu te donne ce que tu mérites »

Identité : « Je suis assez fort pour mériter de vivre»

Valeur : « Force, Famille, Loyauté »

Croyance : « Pour réussir, il faut devenir fort et se montrer impitoyable. Si je me montre faible et que je baisse ma garde, la vie me le fera payer sévèrement »

 Lorsque ces 4 niveaux sont ébranlés, il devient très difficile de s’en relever si on n’accepte pas la nouvelle réalité. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, en relevant la tête, vous ne pourrez pas ne pas la voir (la réalité). Elle sera devant vous, partout !

© Mark Hill/YouTube Red/Sony Pictures Televisions

Depuis ce fameux jour où sa tête a touché le sol, il ne s’est jamais relevé. Comme si soudainement, l’apesanteur était devenue trop forte, il se contentera de ramper par-ci par-là pour épargner son ego de la réalité. Chaque réveil est un supplice, une nouvelle journée à vivre sous la contrainte.

Paradoxalement, ce qui va pousser Johnny à se ressaisir, c’est aussi ce qui l’a poussé à ne pas sortir de son passé : le Monstre Ego.

L’Ego focalise son attention sur sa propre personne et sa perception de la réalité.

Son rival va le pousser à bout, malgré lui, et cela va générer le deuxième facteur de motivation : avoir une mission !

Cette mission consistera à prouver (à soi-même et au monde) que sa vision du monde est la seule « vérité » ! Même si celle-ci a quelque peu changé (« l’honneur s’est joint à sa liste de valeurs »), le noyau principal de ses croyances, lui, demeure, et en réussissant sa mission, il pourra ainsi accepter son passé.

Ainsi son équilibre dépend de deux choses :

La confiance de son apprenti et la réussite de sa mission.

S’il perd l’un des deux, ses anciens démons, toujours à l’affût, ne vont pas le rater ! La rechute pourrait être tout aussi brutale que ne l’a été la première…

À Retenir :

La méthode de Cobra Kaï pour se relever 

  1. Trouvez un disciple pour lui enseigner votre talent.
    Un élève, un public, une communauté (sur internet). Trouvez quelqu’un avec qui partager votre don. Cela vous poussera à vous motiver chaque matin et affiner votre talent.  Leurs retours (critique constructive ou questionnements) vous inciteront à vous améliorer et à grandir. Il est indispensable qu’un réel lien de confiance se crée, une relation sincère et authentique qui vous donnera les ailes afin de devenir chaque jour une meilleure version de vous-même.
    Cependant, le danger est de finir par en dépendre. Pour éviter cela,
  2. Gardez vos principes ! Soyez celui qui mène la barque et non pas celui qui la suit. Il est indispensable de prendre en compte les feedbacks de votre public ; des les intégrer dans votre activité. Mais n’oubliez pas qui vous êtes et quel est votre objectif initial.
  3. L’esprit de compétition vous incitera à devenir plus fort. Cela ne signifie pas que vous devez trouver quelqu’un à abattre. Mais un modèle à atteindre ou à dépasser.
    Si Johnny Lawrence (héros de Cobra Kaï) voue une certaine animosité envers son rival de toujours, Daniel Larusso, il ne serait pas étonnant à l’avenir (si la série continue) qu’il lui témoigne, derrière ses affronts, une certaine admiration. Le ying et le yang, l’un comme l’autre, ont besoin des deux pour exister.

Si l’article vous plait, nous pourrions analyser les Monstres de Daniel Larusso (héros de KarateKid, et second personnage de Cobra Kaï). Persuadé de les avoir mis en cage (merci Maître Myagi),  ses anciens démons ne tarderont pas à refaire surface.

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[1] Disponible sur Netflix depuis 28/08/2020 (2saisons+ 3ème saison en préparation).

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3 Thoughts on “Cobra Kaï , quand le passé te met KO!

  1. Bonjour,
    J’ai découvert la série cette semaine sur Netflix, et de suite cela m’a plongé dans le passé. J’ai vu le premier épisode et je compte bien finir la saison. Maître Myagi et Daniel Larusso : c’est l’élément révélateur qui a provoqué mon inscription au Karaté quand j’étais enfant.

    Merci pour cet article rempli de bon conseil et ce parallèle à Cobra Kaï.

  2. Je ne connais pas cette série, ça me donne envie d’aller y jeter un oeil ! Merci pour cette analyse fine de nos comportements et pour ces conseils, effectivement nos croyances nous limitent bien trop souvent pour avancer…

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